La conférence de presse fondatrice

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Mesdames, Messieurs,

Je vous ai convié ce matin à cette conférence de presse pour vous faire part d’une décision politique importante. Je vous annonce  la naissance aujourd’hui d’une nouvelle formation politique : le Mouvement unitaire progressiste. C’est une décision que j’ai prise,  après de mures réflexions et à l’issue des nombreuses rencontres avec des militants, des dirigeants, des élus, ou tout simplement des citoyennes et des citoyens,  issus toutes et tous de tous les courants de la gauche, de l’écologie et, plus largement, de la démocratie républicaine.

Je dis et j’insiste : une « NOUVELLE  formation politique ». Pas un parti de gauche de  plus ! Notre objectif est clair : nous voulons rassembler. Rassembler bien au-delà des partis dont nous ne méconnaissons pas le rôle mais dont nous jugeons qu’ils ont aujourd’hui à bien des égards dépassé leurs limites historiques.

Pourquoi une nouvelle formation politique. Pourquoi maintenant ? Dans quel but ? Quelles sont nos propositions ? C’est à ces questions que je vais m’attacher de répondre, avant de répondre aux vôtres.

 I. Pourquoi une nouvelle formation politique ?

Il y a un peu moins d’un an, nous avons pris l’initiative de créer un club de réflexion et d’action,  le Nouvel Espace Progressiste, dans le but de contribuer au débat, au dialogue, aux confrontations nécessaires  de manière à créer une dynamique unitaire, à fédérer la gauche, les forces de progrès et les écologistes.

J’avais alors souligné que pour sortir la gauche d’une crise mortifère aux conséquences politiques et sociales dramatiques pour notre pays et notamment pour le monde du travail et de la création, il fallait que cette gauche construise un rassemblement de type nouveau, dans un processus fédérateur s’exonérant du carcan des partis et des jeux classiques auxquels ils s’adonnent entre eux et à l’intérieur de chacun d’entre eux.

Nous jugions donc nécessaire, je cite :  «  l’émergence d’une nouvelle force progressiste et transformatrice » et nous ajoutions que « Celle-ci  ne peut ni se décréter ni résulter d’accords de sommet mais émerger d’énergies individuelles et collectives, dans un processus fédérateur ».

C’est dans cet esprit qu’au lendemain de l’élection européenne, désastreuse pour la gauche à bien des égards, j’ai pris l’initiative de lancer un appel pour un Pacte unitaire. Des personnalités marquantes d’horizons divers  (PS, PCF, MRG, MRC, organisations syndicales, intellectuels, etc.), m’ont rejoint et des centaines d’hommes et de femmes, d’élus, ont signé cet appel. Ils ont déclaré vouloir « agir pour rassembler les uns et les autres dans l’élaboration commune d’une alternative progressiste au néolibéralisme, d’un programme de profonde transformation sociale. Un projet qui puisse un jour prochain être porté au gouvernement, et qui s’inspire directement des aspirations, des revendications et des luttes de toutes les forces vives de notre pays ».

L’appel pour un Pacte unitaire a été suivi de nombreux débats et  de rencontres : à Marseille, à La Rochelle, à la Fête de l’Humanité, dans les universités d’été du MRC, du PRG, des Verts…

Tout cela va dans le bon sens, et nous sommes fondés de penser que notre action n’y est pas pour rien.

Mais force est de constater qu’à gauche, au niveau des états majors, la désunion perdure, voire s’aggrave parfois.

Principale force à gauche, le PS continue d’être marqué par la division et les ambitions personnelles. Les Verts, légitimement fiers de leur succès aux européennes, le gère pour eux-mêmes, dans la concurrence et l’isolement, au lieu de mettre ce que leur démarche porte d’innovations politiques au service du plus large rassemblement. Ceux qui s’affirment à « la gauche de la gauche », dont le PCF, résument leur  projet à un combat contre l’autre partie de la gauche qu’ils  accusent de « dérive droitière », et, eux-mêmes divisés, persistent ainsi dans une stratégie confuse et dangereuse, a contrario des intérêts de ceux qu’ils prétendent défendre.

Bref, alors que la situation imposée à la France appelle à réagir avec force,  à la fois pour contrer la politique de Nicolas Sarkozy et pour proposer aux Françaises et aux Français un projet progressiste audacieux de transformations politiques, économiques et sociales, la gauche n’est toujours pas au rendez-vous. La gauche n’a plus ou a peu d’idées.  Des millions de nos concitoyennes et de nos concitoyens, se sentent comme orphelins, ne trouvent plus ni raison d’espérer ni où s’investir.

Nous considérons dans cette situation que la politique en général, et celle de la gauche en particulier, exigent de nous un engagement radicalement différent. C’est pourquoi nous créons le Mouvement unitaire progressiste.

II. Pourquoi maintenant ?

Vingt ans après la chute du Mur de Berlin, la gauche continue globalement d’épouser les schémas obsolètes du passé  et demeure plus encline à se déchirer qu’à trouver les réponses appropriées aux urgences de notre temps. Si chacune des composantes de la gauche, mais également les écologistes, les démocrates, les humanistes, affirment en prendre la mesure, ils ne prennent pas, à mon sens, celle de leurs responsabilités.

Pour des millions d’hommes et de femmes de gauche, de démocrates, d’élus, de syndicalistes, appartenant ou non à des partis politiques, il apparaît aujourd’hui utile et urgent de se retrouver, hors du carcan partisan, dans un mouvement politique, démocratique, unitaire, progressiste, écologiste et humaniste. Dans un mouvement de type nouveau !

C’est le sens de la création ce jour du Mouvement unitaire progressiste.

III. Pourquoi faire ?

Le Mouvement unitaire progressiste veut contribuer à la construction d’une société nouvelle, post capitaliste, fondée sur le progrès social, la préservation du potentiel humain et écologique de la planète, le développement de la recherche et de l’éducation, la démocratie politique et économique, la suppression de toutes les armes de destruction massive. C’est donc un mouvement unitaire de transformations profondes de la société.

Nous voulons redonner du sens aux progrès multiformes et proposer un contrat pour une nouvelle croissance.

Le Mouvement unitaire rassemblera toutes celles et  tous ceux qui veulent proposer une véritable politique de gauche, de progrès, de lutte contre les inégalités, pour l’emploi, une croissance verte, le bien être, la connaissance ;   pour une Europe sociale, démocratique, débarrassée du diktat de la BCE et de la technocratie bruxelloise.

Ouvert, le Mouvement unitaire ne rejette pas les adhérents des partis. Au contraire, il offre à tous, dans et hors parti, dans les syndicats ou non… un espace de liberté, de débats, de propositions et d’actions politiques sur le terrain et dans les urnes, sans exclusive. C’est le sens des statuts qui sont les nôtres qui rendent possible la double appartenance.

Notre ambition est d’être le PGCM de la gauche : le plus grand commun multiplicateur… au contraire de  ceux qui soustraient, qui divisent ou qui n’additionnent que leurs ambitions personnelles.

Multiplier : les forces, les idées, les voix, les actions. Voilà la mission que nous nous assignons.

 IV. Quelles sont nos propositions ?

Nous sommes et nous serons à l’écoute des propositions avancées par les syndicats et le mouvement associatif, comme nous retiendrons ce qui émane des partis de gauche et des écologistes et qui nous paraît aller dans le sens de nos objectifs.

L’appel à un Pacte unitaire de juin dernier proposait cinq axes pour l’action et la réflexion :

–         La définition d’une nouvelle éthique de la République et de la vie politique;

–         L’approfondissement de la démocratie sociale et citoyenne;

–         Le combat pour une mondialisation solidaire et pacifique;

–         La reconstruction de notre société autour des principes de justice sociale, d’égalité,     d’accès universel aux savoirs et à la culture;

–         La conception d’un modèle de développement économique qui soit à la fois, progressiste, écologique et social.

Ces axes sont ceux de notre Mouvement. Aujourd’hui, toute politique doit, selon moi, reposer sur trois piliers : la démocratie, le partage et la sécurité. Ce triptyque fait directement écho à la devise de notre République : Liberté, Egalité, Fraternité. Il s’inscrit dans le choix majeur du progrès solidaire.

Je ne vais pas développer ici ce que cela recouvre pour nous. Nous aurons l’occasion de nous en expliquer dans les jours et les semaines qui vont suivre. Je voudrais néanmoins vous citer trois réformes qui pour  moi sont essentielles :

1ère réforme : la suppression de l’élection du président de la République au suffrage universel. Le système actuel a abouti à une hyper concentration et à une hyper personnalisation du pouvoir qui constitue un véritable déni de la démocratie et un défi au bon fonctionnement de nos institutions. Nous proposons une modification profonde de nos institutions, une nouvelle République, une République sociale, avec le retour à un système véritablement démocratique où c’est le Gouvernement qui gouverne, sous l’autorité d’un premier ministre et sous le contrôle efficace du Parlement. Comme c’est le cas dans toutes les grandes démocraties occidentales et notamment en Allemagne, en Angleterre et en Espagne.

2ème réforme : une réduction massive des inégalités de salaires.

On amuse aujourd’hui la galerie avec les « bonus ». C’est  de la poudre aux yeux ce qui compte, ce qui fait scandale,  l’éventail des rémunérations dans les entreprises. Il a atteint des proportions extravagantes : selon l’étude Proxinvest portant sur 2007,  les PDG du CAC 40 ont en moyenne touché en une journée le salaire annuel d’un salarié payé au SMIC. Au total, en 2007, ils ont perçu une rémunération moyenne de 4,7 millions d’euros, soit 308 années de SMIC. Ce sont actuellement les patrons les mieux payés d’Europe. En tête de palmarès, les écarts peuvent atteindre jusqu’à 1 200 SMIC par an. [entre les salariés les moins payés et les dirigeants il y a parfois un rapport de 1 à 100 voire bien davantage.] Nous proposons une augmentation du SMIC et un ensemble de mesures dissuasives notamment la taxation des hauts salaires et des entreprises qui les versent, afin de ramener l’éventail des rémunérations à un maximum de 1 à 50. Nous proposons également des mesures fiscales pour pénaliser les bonus, parachutes dorés, stock option, et autres zakouskis que s’octroient les dirigeants.

3ème réforme : une réduction massive du budget militaire de la France.

La France dépense aujourd’hui 38 milliards d’euros par an pour son armée. Des sommes considérables ! Alors que, notre déficit budgétaire est dramatique et n’a cessé de se creuser, curieusement personne n’a évoqué la possibilité de réduire les dépenses militaires ! M. Dassault et le lobby des industries militaires font bien leur travail ! Et bien, là encore nous allons proposer des réformes profondes. Et je vais vous surprendre ! Nous proposons de réorganiser notre défense dans un cadre européen, à tout le moins avec nos voisins : Allemagne, Espagne, Italie, Bénélux. Notre objectif est d’aboutir à une réduction d’au moins 25% des dépenses militaires, soit 9 milliards par an qui pourraient servir au financement de la formation, de l’emploi et à la lutte contre les inégalités.

Je vais conclure.

Le Mouvement unitaire n’a pas de chapelle ou de pré carré  à défendre ; il est au service des intérêts profonds du monde du travail et de la création, de la gauche et de notre peuple, lesquels exigent de plus en plus majoritairement un changement profond de choix politiques. Sans gommer le rôle institutionnel des partis, nous pensons qu’ils constituent souvent aujourd’hui un obstacle à la dynamique unitaire – enfermés qu’ils sont dans des structures pyramidales obsolètes. C’est pourquoi notre nouvelle formation s’inscrit dans le dépassement des structures politiques anciennes.

Notre démarche unitaire participe d’un processus qui, le moment venu, devra dans l’indépendance des choix individuels et collectifs unir à égalité de droit et sans hégémonie les forces transformatrices.

C’est à cette confédération progressiste,  et démocratique que le Mouvement unitaire entend consacrer ses efforts. En tant que formation politique, notre mouvement  s’inscrit pleinement dans les institutions démocratiques et républicaines et, à ce titre, nous serons présents,  dans toutes les échéances électorales de notre pays.

Les élections régionales prochaines vont fournir, de ce point de vue, l’occasion d’échanges et de confrontations d’idées. C’est pourquoi nous ne saurions nous soustraire à cet important moment démocratique. J’ai eu l’occasion de le dire : nous nous prononçons pour la constitution, dès le 1er tour, de listes de rassemblement de gauche et progressiste dans toutes les régions. Le Mouvement unitaire, fidèle à l’esprit fédérateur qui est le nôtre, y prendra toute sa part.

Mesdames, Messieurs,

J’appelle les femmes et les hommes de gauche, les progressistes, les démocrates, les écologistes, toutes celles et tous ceux qui souhaitent s’unir dans la proximité et jusqu’au pouvoir, à venir nous rejoindre. A prendre sans délai leur place dans le Mouvement unitaire pour participer, dans la réflexion et l’action, à la construction d’un projet alternatif fondé sur les valeurs de gauche, celles du progrès, de la démocratie et de la paix.

J’appelle les intellectuels de ce pays, les chercheurs, les universitaires, les étudiants  à contribuer avec nous à donner une perspective concrète au mieux vivre, au vivre ensemble.

Ils vont pouvoir le faire sur le site internet de notre nouvelle formation politique, à compter de ce jour :

www.mouvementunitaire.fr