Si on s’est trompé… il n’est pas trop tard !

Le mouvement des Gilets jaunes n’est pas toute la France. Mais, il en est un puissant révélateur. 18 mois après le renouvellement électoral sans précédent qui a vu La République en Marche prendre les commandes de la vie politique de notre pays, un bilan d’étape s’impose. Bilan de circonstance, mais bilan crucial aussi parce que le budget 2019 n’est pas encore voté à l’Assemblée nationale.

Il n’est pas trop tard…

En juin 2017, le cap fixé était clair. L’amélioration de la vie de nos concitoyens devait résulter d’une nouvelle dynamique économique, stimulée par le monde de l’entreprise. Le pari, honnête, un peu osé, n’était alors pas dénué de sens. Des réformes pertinentes ont été faites, aux résultats encore parfois difficiles à évaluer. Mais, la promesse de concrétiser certaines aspirations rapidement est vite devenue impossible à tenir. Et nous avons sous-évalué le besoin de justice sociale. Il apparaît aujourd’hui que ces premières réformes aurait dû être assorties de politiques publiques ciblées en direction des plus démunis et des plus éloignés de celles-ci.

Sur fond de divorce des élites et du peuple de France, sur fond d’incompréhension d’un pouvoir toujours aussi parisien, nous avons pris de mauvaises décisions concernant le pouvoir d’achat des plus modestes – APL, CSG – en favorisant dans le même temps parfois outrageusement les plus riches. Une entaille dans le pacte social.

L’article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 est très clair : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. » Le problème de fond souligné ici est l’inégale répartition de l’effort fiscal, avec pour conséquence un accroissement des inégalités.

En ne prenant pas en compte la nécessaire justice fiscale, c’est aujourd’hui l’acceptabilité toute entière de l’impôt qui est mise à mal, et par là même notre projet commun de société. Comment comprendre que la CSG ne soit pas progressive ? Un retraité qui touche 1200 euros par mois ne doit pas être assujetti au même taux que celui qui touche trois fois plus.Les conséquences de la réforme de l’ISF se lisent sur le tableau précédent et c’est bien un sentiment d’injustice fondé qui traverse les rangs de la contestation sociale actuelle. Au regard de l’histoire, la France est coutumière d’un certain entêtement avant de bien vouloir corriger ses erreurs. Quand la fièvre hexagonale est à son comble, le dialogue, la négociation, la considération des autres positions sont souvent assimilés à un renoncement.

S’il est aujourd’hui une voie nouvelle à emprunter, c’est pourtant celle d’un compromis : celui qui répond aux difficultés des gens, pense à la société que nous lèguerons à nos enfants et combat objectivement la déréliction de notre planète. Pour recréer les conditions du dialogue, nul besoin de chercher vainement des représentants des gilets jaunes, il faut commencer à réparer les injustices sociales. Entendre les entrailles des territoires, des quartiers, des sans voix. Vraiment.

Principal outil de notre politique, la question du budget est donc posée.

Les besoins sociaux des Françaises et des Français et le drame environnemental ont pris suffisamment d’ampleur et sont tellement pleins de sens que considérer l’augmentation de la dépense publique pour y répondre, par delà les critères de Maastricht, n’est pas endettement mais investissement.

Ce ne serait pas faire marche arrière aujourd’hui que d’investir davantage dans la santé, l’éducation et l’environnement. Ce ne serait pas seulement répondre aux désarrois et à des revendications catégorielles – des enseignants, des infirmières, des ambulanciers, des agriculteurs ou des retraités. Ce ne serait pas seulement imaginer la prochaine taxe mais plutôt comment structurer une véritable filière industrielle à la française de l’énergie verte. Ce ne serait pas seulement boucler un budget avant le suivant mais bien penser et construire notre vivre ensemble d’aujourd’hui et demain.

Rq : il s’agit d’un travail de l’Institut des Politiques Publiques qui additionne les effets du budget 2018 (exécuté pour l’essentiel) et de celui présenté en première lecture à l’Assemblée nationale pour 2019 (amendé depuis et prévisionnel). http://www.ipp.eu/

Auteur : Sébastien Nadot

3 commentaires

  1. on verra au moment du vote du budget ,pour la premiere partie c est deja vu.

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  2. Les voix ( voies ? ) des députés Mdp tranchent avec leurs collègues LREM qui tamponnent tout le petit doigt sur la couture du pantalon. les mots de Sébastien sont les mêmes depuis le début, les mouvements sociaux vont peut être en pousser certains vers les urgences sociales et environnementales que d’aucuns veulent opposer.

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  3. Un Président et son Exécutif peuvent-ils se « tromper »? Ne s’agit-il pas de l’application d’une politique à caractère structurel au sein de laquelle la technocratie peut en conjoncture servir d’onguent.Mais cette stratégie ne trompe plus les populations. Une « marche arrière »significative
    pourrait donc être interprétée au sein d’une incapacité: la fameuse « erreur »au moment où TOUS les Partis seraient mis hors de combat… Il est trop tard pour une refonte de la confiance c’est, ma foi, une question de conscience dont il s’agit, et ce à chaque niveau.

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