Construisons l’Europe autrement !

Le 29 mai 2019, les électeurs renouvelleront pour cinq ans les députés au Parlement Européen. Loin d’un rendez-vous électoral mineur, le vote de millions d’européens déterminera l’avenir de l’Union Européenne. Une majorité eurosceptique au Parlement de Strasbourg devient chaque jour de plus en plus plausible. Une tempête réactionnaire menace de faire chavirer le paquebot européen.

Les conséquences des crises (sociale, migratoire, économique, démocratique, idéologique) qui traversent l’ensemble des pays de l’Union Européenne ouvrent une fenêtre d’opportunités dans laquelle s’engouffre les forces négatives du nationalisme. Cette possible coagulation de toutes les frustrations vers les institutions européennes et sa « bureaucratie » doivent être combattue par tous les Progressistes, de Droite comme de Gauche.

Moment décisif afin d’éviter une glaciation aux résultats imprévisibles, les élections du mois de mai 2019 détermineront les orientations européennes pendant les cinq prochaines années. Face aux défis nombreux que nous devrons assumer collectivement, l’Union de nos Nations au sein d’un projet européen renouvelé ne peut être une option parmi d’autres : Elle est la condition indispensable à notre réussite collective.

Identifiées comme un objet politique lointain, technocratique, normatif et anti-démocratique, les institutions de Bruxelles manquent cruellement de légitimité aux yeux de millions d’Européens.
Cette méfiance envers la construction européenne ne date pas d’hier. Dès le discours de Robert SCHUMAN, le 9 mai 1950, les débats sur les objectifs, les institutions, les moyens et les compétences dévolues à l’Europe sont restés vifs. Souvenons-nous par exemple de l’échec du projet de Communauté européenne de défense en 1954, de l’appel de Cochin en 1978, des référendums sur le traité de Maastricht ou sur le projet de Constitution européenne en 2005. En outre, les différents contempteurs du « Léviathan Bruxellois » trouvent dans les attitudes et les discours des dirigeants de l’UE nombre d’arguments à leurs méfiances.

Oui, les Institutions Européennes défendent une vision libérale de l’économie. Il suffit pour cela d’analyser les initiatives prises par les différentes commissions pour s’en rendre compte. De plus, l’interprétation des traités européens par la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) penche régulièrement dans le sens de l’économie de marché (arrêt Bosman par exemple).

Oui, le déséquilibre actuel entre d’un côté les tenants de l’ordo-libéralisme (l’Allemagne et l’Autriche au premier chef) et de l’autre les pays favorables à l’introduction d’une dose de souplesse dans les règles budgétaires reste à résoudre. Colosse aux pieds d’argile, le gouvernement MERKEL se trouve actuellement pieds et poings liés. Confronté aux pressions à la fois externe (USA, Turquie, groupe de Visegrad) et interne (députés AFD, chantage CSU, précarisation de milliers de travailleurs sous l’effet des lois Hartz), Berlin continue de défendre une position intransigeante sur des questions essentielles comme l’indépendance de la BCE, l’assouplissement des règles du mécanisme européen de stabilité (MES), un gouvernement de la zone euro…

Oui, la démocratie au sein de l’Union Européenne doit être améliorée. Non pas une démocratie uniquement formelle avec le renouvellement des députés tous les cinq ans. Bien sûr, le moment électoral reste un moment fort dans la vie européenne. Mais comme partout dans les pays démocratiques, le modèle de représentation mobilise de moins en moins d’électeurs. Nous ne pouvons admettre que l’abstention devienne durablement le premier parti européen.

NON, l’ampleur des problèmes à résoudre ne justifie en rien le souhait de certains de vouloir en finir avec l’Europe ! Bien au contraire. La situation actuelle nous oblige à nous engager POUR l’Europe. Mais dans le cadre d’un projet européen profondément différent de celui dont nous sommes aujourd’hui les héritiers. La renaissance de « notre maison européenne commune » nécessite une nouvelle pensée écologique, sociale, solidaire et démocratique.
Assumons clairement ce choix d’une feuille de route social-démocrate ! Redonnons du sens aux mots et concrétisons dans l’action notre option préférentielle pour une Europe solidaire et sociale.

Ce projet social-démocrate combattra le piège du repli nationaliste où comme le disait Nietzche le refus de « patriotardises » égoïstes. Ce projet social-démocrate luttera contre la tentation d’une fédéralisation de la construction européenne qui nierait nos Nations. Ce projet social-démocrate s’engagera en même temps contre les discours populistes et contre les progressistes adorateurs du Marché.

Cette feuille de route social-démocrate à construire pour (et avec) nos concitoyens européens s’attachera à placer au cœur de sa réflexion les défis écologiques. Aucun pays du vieux continent ne peut à lui seul répondre aux enjeux environnementaux. A contrario, la mutualisation des moyens humains, financiers, technologiques, logistiques, d’innovations au sein d’instances européennes aux compétences démocratiquement choisies et définies par les peuples accroîtront l’efficience des politiques menées au sein de chaque pays membre.

De plus, une action social-démocrate moderne devra conduire en Europe une politique volontariste sur la question sociale et la solidarité. La croyance des « élites » dans la puissance régulatrice du marché comme forme la plus aboutie d’organisation de la société nous montre tous les jours ses limites. Chômage de masse, crise financière, fraude fiscale, précarisation de millions de travailleurs, perte de sens du travail…La concurrence comme dogme absolue au sein des institutions européennes n’est plus tenable, économiquement comme socialement.

Enfin, le projet social-démocrate posera la question centrale de la démocratie et de la participation citoyenne. Redonner envie d’Europe, cela passe par la compréhension des institutions européennes et des mécanismes de création des règlements et directives. La complexité de l’architecture entre le Conseil Européen, le Conseil, la commission européenne, le Parlement européen et la Cour de Justice de l’Union européenne éloigne les citoyens de Bruxelles. L’Europe ne peut et ne doit pas rester un débat confisqué entre Haut Fonctionnaires, juristes, journalistes et politiques sous peine de grave désenchantement à venir.

En conclusion, alors que notre continent va bientôt commémorer les 100 ans de la fin de la Première Guerre Mondiale et ses 20 millions de morts, chacun d’entre nous porte une part de responsabilité afin de faire vivre ce que Robert SCHUMAN appelait une Europe de la Paix. A travers l’Histoire de nos Nations, indispensables racines où nous rencontrons des Monarchies, des Républiques, des Révolutions, des Guerres, des Religions, des Migrations, construisons ce que Stephan ZWEIG nommait dans un discours en 1932 « cette communauté de destin » des Peuples d’Europe.

Auteur : Martial Le Boulh

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