Discours des Bernardins : La Laïcité en danger ?

« Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer ». Cette déclaration du Président de la République devant les Évêques de France a entraîné de nombreuses réactions, la plupart accusant le Chef de l’État de remettre en cause le principe de laïcité. Garant de la constitution de la République Française, Emmanuel Macron se serait-il laissé envahir par sa foi personnelle ?

Invité à s’exprimer devant le collège des Bernardins, le chef de l’État à répondu favorablement à cette invitation comme il l’avait déjà fait devant les représentants des cultes Juif et Musulman. Ce discours des Bernardins ravive en France le débat sur la laïcité et le lien entre les Églises et l’État.

Marquée par la lutte entre Républicains et Monarchistes tout au long du XIX ème siècle, la France s’ancre définitivement dans la modernité par la loi du 9 décembre 1905 consacrant la séparation des Églises et de l’État.
La France, jusque là encore qualifiée de « fille aînée de l’Église », s’en trouve profondément transformée. La sécularisation est en marche et rien ne pourra arrêter cet élan de la Raison.

Loi de Liberté (chacun est libre de croire ou de ne pas croire) et de protection de toutes les croyances, la loi de 1905 reste encore aujourd’hui une réponse pertinente au retour du fait religieux dans le débat public. Nul besoin de rajouter à la laïcité des adjectifs (ouverte, fermée, positive, inclusive, restrictive…) qui atténuent la puissance de l’idéal que porte en elle cette notion fondatrice de notre République. Rappelons-nous les mots de Victor Hugo : « L’État chez lui, l’Église chez elle ! ».

Mais la séparation des Églises et de l’État n’interdit pas pour autant les relations et le dialogue réciproque. Depuis quelques années, les autorités de la République n’hésitent plus à entretenir des espaces de dialogue avec les différents représentants des cultes. En ce sens, le locataire actuel de l’Élysée s’inscrit dans une forme de continuité Républicaine de la Vème République. Les Institutions Religieuses, du moment qu’elles respectent les lois de la République, doivent avoir leurs places dans les débats qui traversent notre société. L’existence de ces espaces de débats donne la possibilité au dialogue de s’instaurer. A notre sens, cela signifie une certaine maturité des relations entre la République et les Églises.

Ce constat ne doit pas pour autant exonérer le Président de la République de son devoir : Garant de la Constitution de la République, le Principe de Neutralité s’applique dans ses relations avec les institutions cultuelles. Le discours de Saint-Jean de Latran (en 2007) de Nicolas Sarkozy reste à nos yeux l’exemple à ne pas suivre : « La laïcité positive (…) ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout », avant de s’enthousiasmer pour la « profondeur de l’inscription du christianisme dans notre histoire ». Puis, un peu plus loin, cette charge contre l’Éducation Républicaine et ses Représentants les plus illustres : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ».

Emmanuel Macron, dont nous connaissons l’engagement personnel dans la foi chrétienne, s’inscrit dans une conception libérale (au sens anglo-saxon du terme) de la laïcité, celle-là même qui anime la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. Ne rien céder face aux demandes d’accommodements exigées par quelques-uns tout en évitant une instrumentalisation dans le but d’exclure des citoyens français de la vie de la Nation. Tel devrait être la ligne directrice suivie par l’Élysée. Dans cette bataille, chaque Républicain sincère (croyant ou non croyant) s’engage pour défendre notre bien commun : La Laïcité.

En guise de conclusion toute provisoire, terminons par le rappel de notre Constitution – « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » – et par une citation d’Albert Jacquard que notre Président de la République ne manquera pas de méditer : « La Laïcité est l’acceptation de toutes les opinions et de tous les comportements qui savent respecter l’autre ».

Martial LE BOULH, membre du Comité national du MdP

Auteur : Martial Le Boulh

1 commentaire

  1. Effectivement, je pense que Macron s’est exprimé de manière assez juste sur ce point.
    La laïcité a aussi besoin aujourd’hui de prouver qu’elle n’est pas utilisée comme un outil contre les religions, et je maintiens qu’il serait judicieux aujourd’hui de revenir sur l’exception concordaire de l’Alsace et Moselle au moins (si ce n’est de certains territoires d’Outre mer). Cela permettrait de mettre fin à une injustice qui voit l’Islam exclu de cette dérogation, ainsi que d’établir une bonne fois pour toute que la laïcite n’est pas là pour nuire à l’Islam en particulier.

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