Europa Land, notre choix europrogressiste

20 ans après le « non à la France » de Jacques Delors et faute d’un espace politique cohérent et organisé, une voie europrogressiste est aujourd’hui possible en France.
Nous assistons à la disparition des deux grandes coalitions politiques ayant fédéré la France depuis 1958. A gauche, la refondation d’Epinay a permis pendant 40 ans la cohabitation, dans une même coalition de gouvernement, de révolutionnaires et de réformistes pragmatiques. A droite, le poids du vote communiste a fondé un alliage entre hommes d’autorité, gaullistes sociaux, et libéraux. Nous voyons aujourd’hui mourir sur la Méditerranée du nouveau siècle ces deux grandes vagues. La fracture entre frondeurs et soutiens de l’Europe est si profonde qu’elle n’a pu se résorber.
La démocratie française s’est déjà par deux fois renouvelée, en 1958 et 1981, dans de bruyants procès d’intentions. En 1958, on nous a promis un pronunciamiento, on nous annonça les chars soviétiques sur les Champs-Elysées en 1981.
Aujourd’hui, l’absence dans le discours d’Emmanuel Macron des vieux « talismans » de la doxa politique éveille aussitôt la crainte du « vide »… Au-delà du choix d’une personne, l’expérience récente démontre que la réussite d’un quinquennat dépend de son assise centrale dans la société française. En réalité, comme pour 1958 ou 1981, le choix de 2018 sera le choix d’une nouvelle coalition pour de nouveaux défis.
Parmi ceux-ci, le défi générationnel. La génération Y, née entre 1980 et 2000, entre dans l’âge adulte. Politiquement, elle hérite du « Yalta générationnel » thatchérien qui impose la flexi-précarité ainsi que les dettes financières et écologiques pour les juniors, et le patrimoine pour les seniors. La France a dans ce domaine une responsabilité particulière pour être le plus grand pays européen des moins de 20 ans. A elle de l’assumer en scellant un nouveau partage du risque et des bénéfices entre les générations au cœur de tout nouvel accord européen.
Car l’Europe est bien le sujet central de toute future coalition majoritaire. Il semble que la construction européenne soit devenue une chaîne abominable qui cadenasse les portes de l’espérance française. Que la France l’arrache, et dans la liberté retrouvée tous les rêves nous seront permis !
Mais nous ne sommes pas une île. En 1943, Jean Monnet et Charles de Gaulle échangent sur cette réalité indépassable : « Anglais, Américains et Russes ont des mondes à eux dans lesquelles ils peuvent se retirer provisoirement. La France est liée à L’Europe, elle ne peut s’en évader ».
Notre réflexion sur l’Europe est celle-ci : nulle nation ne peut déménager ses frontières et l’Europe est d’abord un projet de conservation collective de notre souveraineté. Ce n’est pas par pure utopie mais bien parce que nous avions perdu sur les marchés le contrôle de notre monnaie que nous avons créé l’Euro. Il n’y a pas d’autre dictature européenne que la succession de règles voulues et négociées par nos élus nationaux pour surmonter ensemble les problèmes du jour.
Or, les Français sont bien les seuls à prendre acte de nos responsabilités en tant que membre de la maisonnée européenne, sans peindre en marâtre Thénardier une Allemagne qui a déjà dû en rabattre beaucoup sur le contrôle budgétaire et la politique monétaire, ni se défiler à l’heure de l’accueil des réfugiés. Oui, nous assumons pleinement le destin européen de la France, sans fermer les yeux sur les difficultés ni les déceptions. Ainsi, la Commission européenne n’a pas su protéger les Européens d’un triple choc : choc économique avec l’accélération sans précédent d’une mondialisation industrielle et financière qui menace la perception des valeurs du travail et de la solidarité, choc technologique avec la révolution numérique qui tire les marges, profits et données hors d’Europe et choc démographique et migratoire avec le vieillissement de la population européenne et le repli sur soi, qui ont fait de la Méditerranée un lieu, non de réconciliation, mais de reniement des droits et des valeurs.
A l’heure de la rupture fondamentale défendue par Marine Le Pen, de la cassure sociale annoncée par François Fillon, du rapport de force brutal, largement inutile et sans doute inefficace promis par Jean-Luc Mélenchon et de la Quatrième République institutionnelle espérée en Europe par Benoît Hamon, où se trouve réellement la chance d’une nouvelle voie française à l’européenne ?
Pour notre part, avec le MdP des Alpes-maritimes, nous soutenons clairement l’espoir d’une majorité europrogressiste en faisant appel à une Europe fédérée et non fédératrice qui passerait par la transmission d’un choix collectif et progressiste par la mise en place de référendums sur les grandes questions qui structure un continent, le nôtre, l’Europe.
C’est pourquoi nous lançons le programme « Europa Land », projet qui sera porté par le Do Think Do Tank « Des Enracinés » et les progressistes de Nice, un groupe de réflexion sur l’Europe, qui travaillera avec des confrères européens comme le portail des Maisons de l’Europe http://www.maisons-europe.eu sur la question de faire de plusieurs pays, un seul continent. Un calendrier d’évènement sera mis en place bientôt, en partenariat avec les progressistes du Vaucluse pour que notre région ne soit pas qu’ensoleillé par le soleil de Provence mais par celui du rayonnement de l’Europe fédératrice.

Auteur : Eric Muret

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