Grand débat : la fin de la première partie approche

Voici un retour d’expérience sur les 3 événements étiquetés « Grand débat National» auxquels j’ai participé. 3 formats très différents.

Le plus conforme à ce que l’on peut se faire de l’exercice, le débat organisé par Corinne Vignon (députée LREM), 160 participants, temps de paroles limité à 1 minute par intervention, ne permettant pas vraiment de développer quoi que ce soit, mais c’est la limite quand tant de personnes veulent parler. La députée n’a pas pris la parole au delà d une brève introduction, elle a écouté. Le public avait une vraie urgence à parler, une certaine tension régnant dans le public. La synthèse a été réalisée honnêtement en résumant chaque intervention à une courte phrase.

La limitation de cet exercice : la sociologie de l’audience, malgré mes 47 ans, j’étais parmi les 15% les plus jeunes de l’audience, et seuls les gilets jaunes présents étaient plus jeunes que moi. Le format ne permettant pas le débat, il s’est plus agit d’une séance d’expression orale de cahier de doléances en mode speed dating.

Le plus riche en débat fut celui organisé par Élisabeth Toutut Picard (députée LREM). Dans ce cas, le thème était circonscrit à la transition écologique : « comment co-construire un environnement favorable à notre santé ? ». Le débat n’était pas animé par une modératrice mais par une experte de la santé environnementale et des risques, prof d’université. Le format était beaucoup plus réduit avec 20 participants incluant les étudiants (désignés volontaires peut-être) du Pr Dumas, d’une sociologie toute différente, assez pointu sur les questions écologiques et pour beaucoup très en faveur d’une transition écologique assez radicale et d’un état fort pour conduire cela. Les participants ont eu de multiples occasions de prendre la parole et formuler des propositions argumentées. La députée, à l’attention irrégulière, a aussi fait de long monologue de l’action du gouvernement mais aussi souvent défendu l’impuissance d’action du gouvernement sur ces question pouvant laisser croire que couper l’eau lorsqu’on se brosse les dents allait sauver la planète. Il s’est donc agit d’une bonne discussion avec l’opportunité d’échanger avec des gens intéressants, mais avec une députée en mission explication pas vraiment en phase avec la dynamique de l’événement.

La troisième formule, c’était Mounir Majoubhi s’adressant, en marge d’une visite pour la signature d’un charte territoire d’inclusion numérique, à un auditoire d’acteurs économiques et associatif du numérique dans ce pôle d’innovation du sud Toulousain. Malgré son introduction demandant à ce que le débat s’installe entre les participants assis dans l’amphithéatre, les 2h de la session n’ont en fait été qu’une classique rencontre ministre-acteurs du territoire, où tout un chacun a exposé idées et problématiques et le ministre a répondu avec force exemples de ce qui est déjà engagé, de son ambition, de son action au quotidien. Donc, probablement une opportunité pour les acteurs du domaine mais loin du modèle du grand débat voulant discuter les grand choix et les alternatives.

La phase débat de cette consultation des Français touche à sa fin, et la prochaine étape est en fait l’étape cruciale : que faire de tout ça ?

Il faut d’abord noter que la partie questions fermées du questionnaire en ligne présente de nombreux problèmes :
Les questions très orientées – « Afin de baisser les impôts…. » Que répond on quand on ne souhaite pas que les impôts baissent ?
Les questions dont les choix proposés peuvent regrouper des positions antagonistes – déclarer que « l’application de la laïcité en France » doit être « améliorée » peut s’entendre quand on souhaite qu’elle s’applique aussi à l’Alsace et la Moselle, tout comme certains qui vont considérer que la neutralité religieuse devrait s’appliquer aux individus dans l’espace public. Que faire de pourcentage de réponse à cette question ?
Dans certains cas, des choix sont demandés entre des solutions qui ne sont pas exclusives l’une de l’autre et sont loin de couvrir les différentes façon de traiter le problème. Que faudrait-il faire pour protéger la biodiversité et le climat : Cofinancer un plan d’investissement pour changer les modes de production / Modifier les accords commerciaux /Taxer les produits importés qui dégradent l’environnement ? Bien sûr qu’il faut faire les 3 et bien d’autres choses.

Je pense qu il convient de recommander au pilote du débat de privilégier l’analyse des contributions dans les champs libres sur ces questionnaires dont la moitié des questions sont ambiguës, mal posées ou absurdes, cela prendra du temps.
Il conviendra aussi de faire remarquer que le nombre de personnes ayant participé au grand Débat sous ses différentes formes ne doit absolument pas être considèré comme une validation ni de l’action du gouvernement ni de la méthode. D’ailleurs, le nombre de réponses très sommaires (moins de 10 mots dans les champs libres) voir incomplètes au questionnaire devrait être pris comme un signal d’alarme quant à la pertinence de la méthode. L’autre élément à prendre en compte est la non représentativité socio-demographique des participants à l’exercice. Les actifs des classes populaires semblant sous représentés, alors que les retraités pourraient être sur-représentés.

L’organisation de conférences citoyennes sur les thèmes qui ressortent comme préoccupant les Français, et non pas sur les réponses, devrait être mis en place. Les restitution régionales sur 2 fois 2 jours annoncées sont loin d’être cela étant donné l’ampleur du chantier ouvert.

Auteur : Pierre

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