La situation des Roms à Marseille est indigne de notre pays

Dans l’indifférence générale, dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 décembre 2017, un homme de 35 ans a été retrouvé carbonisé après l’incendie d’un bidonville situé dans le 15ème arrondissement de Marseille, tout près de la passerelle de l’autoroute. Une quarantaine de Roms vivaient là et ont dû fuir ce brasier causé par la chute d’un brasero, selon les marins-pompiers.
Nous ne pouvons plus fermer les yeux. Ce n’est pas la première fois qu’un tel drame se produit et que des familles se retrouvent, une nouvelle fois, démunies.

Le terme « Roms » signifie « homme » en Romani, une langue très ancienne, qui remonte au XIème siècle. Les premières populations se sont déplacées du Gange en Inde puis ont émigré, très progressivement, en traversant l’Asie pour rejoindre l’Europe. Elles sont arrivées en France au XVème siècle. Les Roms sont alors reçus par les Aristocrates européens, auprès desquels ils ont trouvé une protection : l’un d’entre eux a édité, en Bohème (région de la République tchèque actuelle), un sauf-conduit, c’est pour cela qu’ils ont été nommés « Bohémiens ».

Il y a eu sans doute bien des confusions, des interprétations diverses et politiques, pour qu’on les appelle également Tsiganes, du nom d’une ancienne secte d’Asie mineure et disparue à la même époque que l’arrivée des Roms en Europe. Ce sont des périodes d’esclavage et de persécutions en Europe occidentale, puis le génocide perpétré par les Nazis (entre 220 000 et 300 000 déportés), qui ont remis à jour ce terme de Tsiganes. Ces populations ont toujours été des « boucs émissaires » en situation de crise, notamment depuis la chute du mur de Berlin. Dans le sud de la France et en Espagne, où ces populations se sont mélangées et développées, c’est le mot « gitan » qui est utilisé. Les Manouches, quant à eux, sont ceux qui vivent dans l’Est de la France.

Pour mettre fin aux connotations imprégnées de représentations négatives et cautionnant les politiques d’exclusion, et pour ne pas utiliser une appellation ethnique, la France a opté pour le terme juridique et administratif « gens du voyage ». Pourtant, dans notre pays, les Roms désignent actuellement les Roumains et Bulgares qui émigrent vers la France. Bien évidemment, l’histoire de ces peuples mériterait un bien plus long développement, mais nous comprenons mieux déjà d’où ils viennent.

Pourquoi ces peuples dérangent-ils autant ? Sans doute parce qu’ils attisent notre curiosité et nos stéréotypes sur ces voyageurs, nomades, artistes qui se déplacent de ville en ville, et dont on connaît partiellement, grâce aux médias, la musique, le cinéma ou le cirque… Ils exercent une certaine fascination, empreinte de jalousie peut-être pour les sédentaires casaniers que nous sommes. A contrario, ils attirent les accusations de vols, sont considérés comme envahisseurs quand ils occupent des terrains sans autorisation. Ces mamans qui mendient dans la rue avec leurs bébés dans leurs bras nous révulsent. Ils ne sont pas Français, et n’ont pas de titre de séjour les autorisant à travailler. Ils sont rejetés en Roumanie et de Bulgarie. Pourtant ils sont citoyens européens ! Où peuvent-ils donc mener une vie digne ?

Il ne faut plus accepter cette situation. Des voix s’élèvent, à juste titre, parmi les élus de la gauche et parmi les associations. Comment aider ces populations ? Quelques pistes :

1) Intervenir auprès du parlement européen pour qu’une réelle politique soit mise en œuvre, en concertation avec les différents pays d’accueil

2) Exiger de nos municipalités qu’elles respectent la loi dite « Besson 2 », du 5 juillet 2000, obligeant les communes de plus de 5000 habitants à prévoir des emplacements de séjour dans des conditions dignes

3) Accentuer l’accompagnement durable des familles, avec les services municipaux, les écoles, les associations, les bailleurs

4) Intervenir systématiquement auprès des médias et déposer plainte dès qu’un élu prononce des propos indignes de nos principes républicains

5) Proposer d’inclure, dans les programmes d’histoire géographie sur la Seconde Guerre Mondiale, des contenus plus importants sur les persécutions des populations Roms.

« Pourquoi nous préoccuper des Roms et non des Français », diront celles et ceux qui hurlent avec les loups et ne font que répéter, voire cautionner, les préjugés qui circulent chaque jour sur les Roms ? Tout simplement parce nous leur sommes redevables, pour toute la culture qu’ils nous ont apportée depuis des siècles. Si nous étions dans le même cas, une population dont personne ne veut, qui a pourtant une histoire millénaire, une culture, un mode de vie, comment aimerions-nous être accueillis dans un autre pays ?

Nicolas Céléguègne
Délégué national du MDP à l’éducation et à l’égalité des chances.

Auteur : NICOLAS CELEGUEGNE

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