Le temps Super Marché

En 30 ans, les entreprises ont déjà obtenu une palette considérable d’instruments de flexibilité pour adapter le travail aux besoins de la production et augmenter leur rentabilité.

Depuis 2009, sur l’ensemble des sorties de CDI, le licenciement économique a chuté de 12 % à 6 %, le licenciement pour motif personnel, de 24 % à 18 %, tandis que la rupture conventionnelle a bondi de 7 % à 12 %. Sur la même période, les entreprises ont multiplié les plans de « départs volontaires » qui, eux aussi, limitent les contestations devant les tribunaux.

Les formes particulières d’emploi (CDD, intérim, contrats aidés, apprentissage) connaissent un boom depuis le début des années 1980. Aujourd’hui, 13,5 % de l’effectif salarié est sous statut précaire et les trois quarts des embauches se font en CDD. L’intérim a été légalisé en 1973, le CDD, en 1979. Depuis 1990, les entreprises ne peuvent y recourir qu’en cas d’accroissement temporaire d’activité, de remplacement de salarié absent, ou de travail saisonnier. Mais elles respectent rarement ce cadre car le salarié précaire va rarement aux prud’hommes.

Les contrats courts servent de variable d’ajustement et occupent des emplois permanents de la production. Il s’agit aussi de maintenir une partie des effectifs dans un état de vulnérabilité pour intensifier le travail et bâillonner les revendications salariales.

Le recours à la sous-traitance a lui aussi explosé. Comme les contrats courts, la sous-traitance permet une adaptation fine aux besoins de production dans le cadre d’une relation commerciale avec l’entreprise exécutante vers laquelle est externalisée la gestion de la main-d’œuvre et les risques associés.

L’organisation du temps de travail est aussi déterminante dans la gestion de l’entreprise. Le grand saut a été effectué avec les deux lois Aubry sur les 35 heures de 1998 et 2000. Pour la première fois, l’abaissement de la durée légale du temps de travail s’accompagne de la possibilité pour les entreprises de moduler le temps de travail à l’année. Pour les cadres, la création du forfait-jours permet de ne plus décompter la durée du travail quotidienne, mais seulement le nombre de jours travaillés dans l’année. Sous la droite, les lois de 2004 et 2008 ont élargi encore la possibilité de négocier l’organisation du temps de travail au niveau de l’entreprise, là où le rapport de forces est le plus défavorable aux salariés.

Une autre façon de flexibiliser le travail consiste à l’éclater en une multiplicité de contrats inférieurs à 35 heures. En 2011, le temps partiel concerne 17,9 % des salariés, soit 4,6 millions de personnes, mais 30 % des salariés femmes. 83 % des salariés à temps partiel sont des femmes, qui, dans un tiers des cas, disent « subir » ce mode d’activité. Comme les autres instruments de la flexibilité, il commence sa progression au début des années 1980, après sa légalisation en 1981, passant de 7 % à l’époque à 18 % à la fin des années 1990. Il est fortement encouragé par les gouvernements, notamment par une exonération de charges instituée en 1992. En l’an 2000, cet effet d’aubaine disparaît mais le temps partiel ne recule pas pour autant, car les employeurs l’ont adopté comme mode de gestion, notamment dans le secteur du commerce et des services, là où ce sont des secteurs actifs porteurs.Le temps partiel synonyme de salaire partiel, sorte de Smic partiel, donc de pauvreté. C’est une mauvaise gestion économique qui devrait être mieux régularisé pour qu’ainsi chaque individu puisse se sentir libéré de la notion du « travail pour survivre ».

Auteur : Anne LAROUTIS

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