Mal logement : Il est urgent d’agir !

La Fondation Abbé Pierre vient de publier, comme chaque année, son 24ème « Rapport annuel sur l’État du Mal-logement ». Ce précieux document montre, une fois encore, l’urgence de trouver des solutions pérennes à la situation de mal-logement que vivent 4 millions de personnes et aux difficultés de logement qui en affectent 12 millions. Il est disponible sur ce lien : https://www.fondation-abbe-pierre.fr/nos-actions/comprendre-et-interpeller/24e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-en-france-2019#telechargement%2024e%20rapport%202019

Les situations les plus préoccupantes sont celles des « fins de prise en charge par des institutions sans solution de logement à leur sortie, qu’il s’agisse de jeunes majeurs de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), de personnes sortant de détention ou d’hospitalisation psychiatrique.

Au moment où l’État d’un côté tente de reloger les personnes sans domicile, de l’autre il continue à créer de nouvelles exclusions tous les jours. » Ce qui est en effet édifiant, c’est que le fameux « millefeuille » administratif et institutionnel, composé d’une multitude de dispositifs qui se croisent, voire se contredisent ou manquent cruellement de moyens budgétaires, crée ainsi au final encore plus de situations de précarité et de pauvreté.

Le rapport met également en cause les « difficultés de recrutement et [le] turnover des professionnels », le « défaut d’offre sur un territoire ». Pire encore, comme l’a récemment montré un reportage de « Pièces à convictions » sur France 3, les institutions créent, voire cautionnent insidieusement des « pratiques renforcent des blessures en infligeant parfois des conditions de vie éprouvantes : foyers de l’enfance ghettoïsés exposant les enfants comme les professionnels aux violences, conséquences de la surpopulation carcérale au quotidien, utilisation de la contention ou de la camisole chimique en psychiatrie, etc. »

Face à ce constat choquant, quelles sont les préconisations de la Fondation Abbé Pierre ?

Les mêmes reviennent chaque année, hélas… D’abord, pour les professionnels de l’action sanitaire et sociale, il est urgent « de former les professionnels exerçant au sein de ces institutions aux démarches et aux dispositifs d’accès à l’hébergement et au logement » afin de repérer, anticiper, prévenir des situations d’urgence à l’égard du logement. Des solutions existent, le rapport en propose plusieurs, partant d’initiatives locales qui font leurs preuves.

Mais la question des mineurs pris en charge par les services de l’ASE nous revient en ce moment comme un boomerang. Nous connaissons bien ce problème dans les Bouches-du-Rhône, et tout particulièrement à Marseille, où de trop nombreux mineurs sont livrés à eux-mêmes et vivent dans la rue, alors que le logement insalubre de certains quartiers entraîne des évacuations dans l’urgence sans aucune anticipation de la municipalité (et malgré la mort de 8 personnes dans l’effondrement d’un immeuble rue d’Aubagne). « Pour les jeunes de l’ASE par exemple, le plan Pauvreté propose de poursuivre leur prise en charge au-delà de 18 ans en mobilisant, conjointement à l’action des départements, les dispositifs de droit commun, comme les missions locales. Cette orientation positive mérite encore d’être précisée mais semble moins ambitieuse que la proposition du CESE (Conseil économique, social et environnemental) qui envisageait de créer un droit spécifique pour les jeunes majeurs sortant de l’ASE, avec une prise en charge jusqu’à la fin des études ou jusqu’au premier emploi, cofinancée par l’État et les départements et de le rendre obligatoire pour ces derniers. »

Le plan Pauvreté, mis en place par le gouvernement, comporte de réels signes d’amélioration. Mais il est très vite remis en cause par l’absence de revalorisation du RSA, voire le renoncement à son extension aux jeunes de moins de 25 ans, « des grands précaires qui restent peu pris en compte ». Le problème demeure surtout, toujours selon la Fondation Abbé Pierre, que « l’impact des mesures du plan pauvreté risque d’être fortement réduit par la politique générale du gouvernement, notamment sur le plan économique et fiscal. Traiter la pauvreté d’un côté, contribuer à l’accentuer d’un autre, ne peut déboucher que sur une impasse. »

Tout le nœud du problème est là. Nous avons mis en place de bons dispositifs, mais qui se contredisent souvent les uns les autres, qui sont illisibles par le plus grand nombre (lequel ne sait tout simplement pas qu’il y a droit !), qui sont inégalement mis en œuvre selon les territoires. Il est urgent de les décloisonner, de les rendre transparents, de cesser de multiplier les acteurs. Et surtout, il est urgent de replacer, fondamentalement, au cœur de toute l’action sociale d’un Etat comme la France, la place et la dignité de chaque être humain. Nous en sommes bien loin…

Nicolas Céléguègne
Délégué national à l’Egalité des chances
Délégué régional MDP Paca

Auteur : Nicolas Céléguègne

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