Plaidoyer pour une Europe-puissance diverse

Bonne Fête de l’Europe en ce 9 mai 2018 !

En ce jour festif nous devons célébrer cette Europe qui nous a assuré une certaine paix et une prospérité relative. Mais au lendemain de l’annonce terrible pour l’avenir de la stabilité du monde du retrait des USA du JCPoA de manière unilatérale et brutale, nous, Progressistes, fidèles à nos valeurs de rassemblement et de construction, devons appeler à un sursaut des démocraties pour la refondation d’une « Europe puissance » assumant son rôle sur la scène internationale, dans la construction d’un monde pacifié, de garante du droit international, et des valeurs universelles, à une heure où les populismes les plus virulents de l’Ouest à l’Est se coordonnent dans un funeste projet global.

Cette Europe progressiste, humaniste et audacieuse, que nous appelons de nos vœux, se doit de reprendre les fondamentaux des pères fondateurs, qui au lendemain d’une seconde guerre mondiale la plus meurtrière de tous les temps, avaient osé imaginer, sur des ruines encore brûlantes et le traumatisme vif des ravages du nazisme, une fédération des peuples d’Europe garante d’une paix durable et stable de ses citoyens.

Plus de 70 ans se sont écoulé. L’Europe – bien que les critiques à certains égards puissent être légitimes – a prouvé son efficacité dans bien des domaines. La paix, assurément. La prospérité, relativement. Mais ces dernières décennies ont vu les nations du vieux continent s’éloigner du projet européen originel. L’Europe comme simple zone économique, devenue place de marché où chaque état livre bataille à des fins purement commerciales, a succédé à une Europe coopérative, bâtissant un projet commun transcendant les partisanismes les plus vils. Par la même, les peuples ont perdu de vue l’Europe.

Et c’est pourtant bien elle, l’Europe, qui, en ces temps tourmentés de grands périls, constitue l’unique solution commune salvatrice face à un Trump belliqueux et instable, un Poutine revanchard et conquérant et dont les soldats sont constitués de populistes nostalgiques.

L’Europe n’a plus de temps à perdre. Les sempiternelles tergiversations auxquelles elle nous a habitué ne peuvent plus avoir cours ! L’urgence d’une situation qui nous échappe impose de redoubler d’effort. Le noyau des historiques de la construction européenne peut, si ses dirigeants prennent la mesure de la situation, enclencher les projets que tous les démocrates du continent appellent de leurs vœux :

Une défense commune, nous en avons largement les moyens, doit faire l’objet d’un plan articulé sur 2 axes, court terme et long terme. Le partage de l’intelligence et des technologies de défense doivent être accélérer dans leurs programmes initiaux déjà mis en place.

Un espace économique protégé. Seul notre continent offre encore de larges ouvertures sur son marché à des concurrents tels que les USA pour ne citer que ceux-là qui par ailleurs pratiquent depuis longtemps et de plus en plus sous la présidence actuelle un protectionnisme agressif, au travers de la fiscalité, des normes et de freins commerciaux. Il en va de nos emplois, de notre modèle social général, de l’environnement et de la santé.

La création d’un CONSEIL DES CITOYENS EUROPEENS, qui formerait un « substrat démocratique » entre son parlement et ses institutions. Force est de constater que la chose publique européenne échappe aux citoyens de chaque état membre. Cela a conduit ces dernières années à un détournement de l’intérêt populaire pour la maison Europe. La mise sur pieds dès 2019, d’un Conseil des Citoyens Européens, instaurant des travaux démocratiques d’orientation économique et sociaux pour alimenter le parlement créera non seulement le lien manquant entre les peuples et leurs institutions mais la dynamique citoyenne qui fait tant défaut dans l’animation politique européenne.

Une Europe de la diversité, ouverte, tolérante et humaniste. Les populistes de tout crin font rage et leur cortège de thèses nauséabondes exhumées d’un passé sombre pas si lointain, sont distillés quotidiennement à travers les réseaux sociaux et autres médias qu’ils ont envahi ou créé. Surfant sur les crises diverses qui traversent nos sociétés et les peurs des citoyens les plus démunis, ils sont en passe de remporter la bataille des idées et des mots. Fakenews, post-verités, manipulations et campagne racistes sur des réseaux sociaux peu regardant du moment qu’ils engrangent des recettes grâce au buzz, le fascisme nouveau essaime non plus dans les tavernes autrichiennes mais dans le monde digital. L’Europe démocratique pour faire face à ce péril majeur se doit d’être offensive par la création d’un agence de cybercriminalité regroupant en son sein outre le contre-terrorisme et le banditisme, un service de lutte contre l’incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence sur les bases du droit civil européen riche ne la matière et transposé dans le droit souverain de chaque état membre. Elle se doit sur le plan politique, pour infléchir cette propagande de réaffirmer son attachement aux valeurs universelles des droits humains par la promotion de sa diversité, son accueil bienveillant aux flux migratoires des zones de guerre et climatiques.

Des règles environnementales, sanitaires et sociales intransigeantes sur notre continent. Notamment mais non limité en ce qui concerne notre agriculture. Comment concevoir que nous imposions dans la plupart des états membres européens un ensemble commun de normes environnementales, sociales et sanitaires à nos entreprises et que l’Europe accepte l’entrée sur son marché des produits et services ne respectant que peu ou prou celles-ci. Les exemples sont légions : CETA, Mercosur et autres accords verticaux avec l’Asie ou les USA ne sont plus tolérables. Des produits insalubres (viande hormonée, poissons toxinés,..) , ou polluant (smartphones, plastiques,…) à ceux fabriqués dans la misère par des enfants (textiles, meubles,…) ou des salariés-esclaves (Foxcon/Apple,..) tel qu’en Chine, ne peuvent plus entrée sur notre territoire impunément.

Une patrimonialisation de nos données digitales, de même s’impose par des directives européennes. A l’heure où l’ensemble des politiques évoquent avec fierté l’intérêt grandissant du bigdata, de l’intelligence artificielle et autres objets connectés, notre Europe repensée se doit de protéger le patrimoine numérique de ses citoyens bradés sans aucun contrôle aux GAFA américains (Google, Apple, Facebook et Amazon) et autres BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi). Il s’agit non pas comme nous l’entendons trop souvent, d’enjeux fiscaux mais bien enjeux stratégiques vitaux à échelle continentale.

L’avenir de l’Europe, celle du XXIeme siècle, ne se fera que par un aggiornamento démocratique, progressiste et inclusif. Cette refondation, ultime chance de forger un avenir plein d’espérance pour ses peuples, ne peut faire l’économie d’une administration redéployée, d’une gouvernance plus démocratique, de propositions ambitieuses tant sur plan politique, économique, sociales et environnementales. Il en va de notre avenir commun et des efforts sur plusieurs décennies à entretenir la flamme de la paix en Europe.

Réda Zitouni, membre de la coordination nationale du MdP

Auteur : Reda Zitouni

1 commentaire

  1. Je suis très largement d accord avec ces propositions à une exception près le conseil des citoyens. Si le parlement ne fonctionne pas comme on le souhaite reformons le, mais ne créons pas une instance supplémentaire hybride. Cela s appliqué à l’Europe et au parlement français dont l utilité dans une Veme république version forte semble bien en deçà de ce qu elle devrait être dans une démocratie qui fonctionne que ce soit dans la construction de la loi que dans un rôle de contre pouvoir independent.

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