Quand nos vieux rapportent de l’or gris : La banalisation de la maltraitance institutionnelle.

Qui ne s’est jamais demandé ce qu’on allait faire de nous quand on sera vieux ? Qui s’occupera de nous ? Où va-t-on vivre quand on sera dépendant ? Pourra-t-on rester chez soi ? Comment sera prise en charge notre dépendance ?

Heureusement, toutes les personnes âgées ne finissent pas complètement dépendantes mais la plupart restent encore isolées et sans surveillance. Dans la presse, on lit quelques fois des histoires à peine croyables, où des personnes sont retrouvées quelques semaines après leur décès, chez elles, à la suite d’une chute ou d’un malaise à l’issue fatale. Malheureusement, ces histoires ne sont pas exceptionnelles, les vieux nous gênent et sont abandonnés.

J’ai travaillé de nombreuses années auprès de personnes âgées dépendantes, à domicile et en structure hospitalière. Je n’ai pu que constater que bon nombre d’entre elles sont abandonnées dans ces structures par leurs enfants et leur famille. Peu d’entre elles reçoivent des visites. Ces structures ne sont que de simples mouroirs.

Lorsque j’étais enfant, j’étais souvent en compagnie de personnes âgées. Je passais beaucoup de temps chez mes grands-parents et on faisait la tournée de tous les vieux du village. J’aimais leur compagnie, j’aimais écouter leurs histoires passionnantes. A tel point, que j’ai décidé de suivre des études paramédicales pour m’occuper d’eux.

Ma naïveté, ne m’a pas permis de comprendre tout de suite que les personnes âgées font l’objet d’une attention particulière. Cette particularité, c’est ce que l’on appelle l’« Or gris ». Oui, les personnes âgées et la dépendance rapportent de l’argent et permettent à de grands groupes privés d’attirer les investisseurs à coup de défiscalisation et de distribuer des dividendes à en faire tourner la tête.

Vu de l’intérieur, ces structures ne sont que de simples hôtels pour séniors. Ce sont de beaux établissements, avec une jolie façade mais sans aucun service de qualité. Tout est réduit au minimum. Les repas sont proportionnés, les gants de toilette comptés, les changes limités et le personnel réduit au strict minimum. Les soignants sont tiraillés entre leurs valeurs personnelles, celles qui ont fait qu’ils ont choisi de devenir soignant : l’empathie, l’accompagnement, le respect des besoins, et les exigences de leur employeur qui tend à augmenter les bénéfices.

On entre alors dans un véritable cercle vicieux. Ces structures sont subventionnées par l’Etat en fonction du degré de dépendance de l’établissement. Quand vous avez un soignant pour douze voire quatorze résidents, les soins deviennent une véritable course contre la montre. Il est alors impossible de respecter les besoins et on devient maltraitant par obligation. C’est ce que l’on appelle la « maltraitance institutionnelle ». Peut-on alors parler de bientraitance lorsqu’on doit faire une toilette complète en sept minutes ? Qu’à peine réveillée, la personne âgée doit-être mise sur les toilettes avec son plateau de petit déjeuner sur les genoux ? Quand on doit répondre à un résident que les protections sont comptées et qu’on ne pourra la changer qu’en fin de journée et laisser la personne âgée dans ses excréments tout l’après-midi ?

En tant que soignant, je suis frustré lorsque je quitte mon poste. Je n’ai pas choisi de travailler auprès de malades, de séniors ou de personnes handicapées pour les maltraiter. Ce n’est pas comme cela que je vois mon travail. Ce n’est pas comme cela que je veux être traité lorsque je serai vieux !

Il est temps que la règlementation soit plus sévère avec ces groupes qui profitent des besoins de la population pour s’enrichir et mépriser les patients, tout en ayant l’aval de l’Etat qui les subventionne.

Il faut savoir que ces établissements doivent obtenir les autorisations de l’Etat pour ouvrir. Qu’une fois en exercice, il est très difficile de les sanctionner. Où logerait-on les résidents en cas de fermeture ? Les places dans ces structures sont chères et les listes d’attente sont longues.

Ces établissements ne sont contrôlés, en moyenne, qu’une fois tous les sept ans. Les contrôles étant bien sûr prévus à l’avance, ce jour-là, il y a du personnel en nombre suffisant, des animations et des stocks remplis !

Les soignants dénoncent depuis quelques années ces conditions de travail et la maltraitance institutionnelle qui en est l’une de ses conséquences directes.

On ne compte plus les burn-out*, les suicides de soignants, les dépressions et maladies professionnelles qui réduisent encore plus les effectifs et qui amplifient la maltraitance institutionnelle. La plupart du temps, les soignants sont en sous-effectif. Quand un est malade ou absent, il est rarement remplacé. Comment peut-on faire lorsque déjà on n’a pas le temps de s’occuper convenablement de nos résidents ?

A l’horizon 2040, il y aura 22,6 millions de personnes âgées de plus de 60 ans contre 13,5 en 2007.

Il est temps que les pouvoirs publics prennent le problème au sérieux et qu’une solution soit trouvée !

André NIEWADA

*saturation/épuisement.

Auteur : Mouvement des Progressistes

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