Se tromper c’est pardonnable, refaire la même erreur …

Si en juin-juillet 2017 il m’a semblé légitime soutenir le vote la loi d’habilitation à reformer la loi travail par ordonnances, il me semblerait aujourd’hui franchement néfaste d’autoriser le gouvernement à procéder de même pour un nouveau pacte ferroviaire.

Pourquoi ?

En juillet la méthode du gouvernement n’avait encore jamais été appliquée, et des espoirs que nous pouvions avoir d’une co-construction du texte avec les partenaires sociaux, la pratique du gouvernement a montré que les réunions de « CONCERTATION » (le nouveau terme à la mode montrant la modernité du gouvernement n’était que de polies séances d’écoute et pas des réunions de travail et encore moins de negociaition. Ces réunions donnent lieu à une présentation par des membres de cabinets ministériels brillants de ce que veut faire le gouvernement, et dans d’autres réunions, c’est une écoute polie des partenaires sociaux. Elles ne servent pas à co-construire le projet, à améliorer les choses ou négocier des compromis. Les textes ne sont pas distribués en amont des réunions pour permettre à chacun de travailler, de préparer des contre-propositions. Elles sont suffisantes pour permettre au gouvernement d’affirmer que la concertation, nouvelle façon de gouverner, bat son plein avec des dizaines d’heures de réunion. À l’heure ou les informations atteignant l’opinion publique ne dépassent généralement pas la longueur d’un titre ou d’un Tweet, le piège marketing se referme. C’est une façon très courtoise et policée de mettre en oeuvre un autoritarisme.

La très réformiste CFDT, ayant démontré à de nombreuses reprises, son ouverture pour signer des accords de compromis, est aujourd’hui sur une position différente après avoir le sentiment de s’être fait balader (prendre pour des cons est une formulation alternative également exacte) par le gouvernement sur la loi travaille et voyant la même chose se produire sur la SNCF. Sa base a fait clairement le choix de la participation à la grève perlée, son dirigeant, Laurent Berger souhaite un peu seul la fin du mouvement social.

Si vous n’avez pas lu le texte avant son passage en commission, faites le, mais je vous le résumé :

– P2 à P11 : exposent des motifs : un résumé du rapport Spinetta, puis des objectifs tels qu’améliorer xxx » « faire évoluer xxxx » « définir les conditions xxxx » sans que les actions elles-mêmes ne soient indiquées.

– P12 à P16: le texte lui-même succession d’articles indiquant  » le gouvernement est autorisé à prendre par ordonnance toute mesure relevant du domaine de la loi pour xxxx ». Autrement dit c’est un chèque en blanc que les députés doivent signer au gouvernement. Pour effectuer des modifications dont la nature exacte n’est pas encore présentée.

– Les 60 pages suivantes : l’étude d’impact.

Les optimistes de la loi Travail comptaient sur le vote de ratification qui intervient après l’écriture des ordonnances. Résumé du débat parlementaire pour cette phase : « Chers députés votes vous pour ou contre l’ensemble des ordonnances ». Pas d’amendement. Une petite heure de discussion pour permettre à chaque groupe de dire leur approbation ou leur déception.

En voyant cela, comment ne pas craindre que cela ne fasse qu’accroitre l’antiparlementarisme et la défiance des populations envers notre façon de faire fonctionner nos institutions démocratiques.

Mais à quoi cela sert-il d’avoir une représentation nationale élue pour ces questions traitées par ordonnances?

À quoi servent les corps intermédiaires tels que les syndicats? Il est vrai que le libéralisme chimiquement pur ne voit que les contrats entre égaux tel l’employé tout seul et son employeur…

Mais est-on sûr que l’on veut faire exploser ces corps intermédiaires mis en situation intenable ?

Veut-on à ce point que les individus se jettent dans les bras des populistes qui vont proposer des solutions simplistes à des problèmes compliqués?

Tout ça pour quoi ? Pour démontrer que l’exécutif peut faire advenir les choses telles qu’il l’a décidé sans fléchir, sans écouter ?

L’argument massue des fans de Macron utilise lors de la réforme de la loi travaille « c’était dans le programme, Le gouvernement a donc toute légitimité pour le mettre en oeuvre », n’était déjà pas légitime à ce moment-là car ce que contenait le programme était flou, et laisser penser à un équilibre liberalisation / protection, cet argument n’existe plus ici car dans le programme, ça n’y était pas.

Ou tout cela me mène t’il ?

A considérer que sauf changement dans les années à venir, je serai de moins en moins enclin à faire le choix du « moins pire », typique choix du 2e tour des élections dans notre système. On avait reproché à Chirac de faire un gouvernement de 1er tour après son élection de 2002. Macron ne fait-il pas de même?

En ces temps ou l’économie libérale et ses principes migrent vers tous les domaines. Je me demande si la destruction créatrice théorisée par Schumpeter ne pourrait pas s’appliquer à notre système politique et d’administration de la société.

Auteur : Pierre

Ajoutez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *