Je ne veux pas d’un Tchernobyl dans le Cotentin !

Nous arrivons au terme d’un cycle dans lequel 70% de nôtre électricité est d’origine nucléaire, source d’énergie n’émettant pas de gaz à effet de serre. Quelques 40 centrales devront fermer d’ici 2035, à moins d’un grand « carénage » généralisé. Dans ce contexte, faut-il poursuivre la construction de Flamanville qui n’offre pas toutes les conditions requises d’exploitation ? Faut-il continuer d’exporter cette technologie (Finlande, Chine, Grande Bretagne…) au risque de faire disparaître EDF en raison de déficits colossaux, ou bien scinder les activités comme le gouvernement l’envisage, comme ultime recours ?

Est-il judicieux de relancer le projet Astrid, réacteur à neutrons rapides devant permettre la transmutation des éléments à vie longue ? Peut-on léguer aux générations futures la gestion de tonnes de déchets radioactifs ? Les techniques de démantèlement sont-elles appropriées face à l’ampleur des chantiers ? L’ industrie nucléaire ne risque-t-elle pas de connaître à l’avenir un vaste plan social destructeur d’emplois et une perte irréversible de compétences ?

Le texte suivant ne reflète que la position personnelle de Jean Couthures, délégué national à l’Ecologie. Cette contribution a donc pour seule prétention de susciter le débat…

Je ne veux pas d’un Tchernobyl dans le Cotentin !

Le réacteur pressurisé européen (EPR) de Flamanville a été conçu pour utiliser de l’uranium enrichi à 5% ou bien du combustible mixte de type Mox (uranium-plutonium). Ce projet serait de forte puissance (1650 mégawatts) pouvant alimenter en électricité 1,6 million d’habitants. Conçue pour fonctionner 60 ans, c’est la première centrale construite en France depuis 15 ans.

Depuis son lancement en 2007, le chantier de l’EPR de Flamanville dérape. La qualité de l’acier (trop riche en carbone) constituant la cuve au cœur du réacteur est remise en cause dès 2015. On doit s’ interroger sur le contrôle qualité de cette pièce maîtresse, fabriquée par AREVA. On découvre également que des barres d’acier sont manquantes dans la dalle de béton devant supporter le cœur du réacteur. Le couvercle en béton de l’enceinte de confinement a également fait l’objet d’une « révision ». La saga continue avec la découverte, en 2019, de soudures défectueuses concernant les générateurs de vapeur dont les tuyaux traversent la double enceinte du bâtiment réacteur.

Je condamne avec fermeté l’attitude d’EDF qui a déclaré, dans un premier temps, pouvoir s’abstenir de refaire ces soudures afin de pouvoir démarrer le réacteur. La diagnose de l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) est sans appel pour l’électricien qui devra refaire ces soudures non conformes au cahier des charges initial.

De nouvelles règles post-Fukushima viendraient également s’ajouter aux faiblesses techniques d’EDF. Cette remarque concerne également le réacteur de même type construit en Finlande (Olkiluoto) depuis 2005 et non achevé.

A ce stade de défiance, une mission d’information du parlement semble pertinente ainsi qu’une réponse publique aux questions cruciales :

Peut-on avoir confiance dans les systèmes de refroidissement en cas de défaillance ? En cas de fusion (ou accident de criticité), la coque de protection serait-elle efficiente pour contenir les gaz radioactifs ? Dans le cas contraire, quelles seraient les conséquences en Europe de la diffusion des gaz sous les vents dominants ? Le récupérateur de corium (mélange de combustible et de produits de fission lié à la fusion du cœur) est-il de volume suffisant et étanche ?

Outre la perte évidente de compétence technique dont témoignent les accidents à répétition sur le chantier, c’est aussi la fuite en avant de la gestion prévisionnelle d’EDF qui doit être dénoncée. La facture devait s’élever à 3,3 milliards d’euros, pour une livraison en 2012. Le coût de ce fiasco est désormais de 12,4 milliards avec des délais qui s’allongent également, avec un raccord au réseau en 2023 au plus tôt.

Face à l’ampleur des catastrophes de Tchernobyl puis de Fukushima dont les conséquences radiologiques n’ont pas été tirées, il est raisonnable de fermer le site pour la sécurité environnementale, avant la charge en combustible, avec un plan social indispensable pour les salariés et prestataires du chantier.

Jean Couthures

Auteur : Jean Couthures

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