La laïcité, une aberration démocratique !

L’affaire de la jeune femme voilée accompagnant une sortie scolaire interpellée en pleine séance du Conseil régional de Bourgogne-Franche Comté par un député du RN puis l’attaque de la mosquée de Bayonne par un ex-membre du FN âgé de 84 ans, blessant dans l’opération deux hommes de respectivement 74 et 78 ans, remettent sur le devant de la scène la difficile situation de l’Islam dans notre pays ; elles reposent notamment la question du port du voile dans l’espace public – qui, rappelons-le, est autorisé par la loi dès lors qu’il ne s’agit pas d’une burqa ou de tout autre signe dissimulant complètement le visage – ce qu’à sa manière le président Macron vient de réaffirmer en clamant haut et fort que cette question n’était pas « son » affaire (voulant probablement dire, par-là, l’affaire de l’Etat).

En réalité, dans cette nouvelle histoire du voile islamique, c’est bel et bien la question de la laïcité et de ses rapports avec le fait religieux – ici islamique – qui resurgit.

Qu’est-ce que la laïcité ? That is the question.

La laïcité est une idée encensée par tout le monde intello-médiatico-politique. Dans une interview récente, M. Robert Badinter va jusqu’à affirmer que « c’est une des conditions du vivre-ensemble ». Nous pensons – pardon, monsieur le président – exactement le contraire. La laïcité est aujourd’hui la meilleure condition du mal-vivre ensemble. Mais nous entendons, à ce propos, les récriminations. Malheur à celles et ceux en effet qui ne célèbrent pas le culte de la vieille dame laïque, plus que centenaire ! Car il faut se reconnaître et se proclamer LAIC. La laïcité est en somme, pour les « laïcistes », une idée bienfaisante et sécurisante, donc incontestable.

C’est pourtant en fait un « mot-valise », une notion « fourre-tout ». Plus personne aujourd’hui ne s’accorde sur sa définition… quand elle est définie ! Que de laïcités sur l’étal républicain : « historique », « ouverte » ou « positive », « laïcité de paix » …

Notre hypothèse est la suivante : la laïcité est à la fois inutile et dangereuse.

Si l’on remonte aux origines, la laïcité est une stratégie de guerre Son projet est clair : éliminer les catholiques de toutes les institutions publiques, en commençant par les écoles. Les Républicains considèrent, non sans raison, que l’Eglise est un obstacle à la construction d’une démocratie libérale. Tout le XIX è siècle est donc caractérisé par un combat acharné des républicains contre les cléricaux. En 1886, Gambetta parle ainsi de « péril clérical ». Il veut la laïcité absolue à l’école, un enseignement de la science et de la raison, une « morale laïque » pour les élèves. Mais il faut attendre encore vingt ans pour que la loi du 9 décembre 1905 institue « la séparation des Eglises et de l’Etat » (le terme laïc, on l’ignore souvent, n’est employé qu’une seule foi dans ce texte).

Quels sont les arguments avancés par les défenseurs de la laïcité ? Ces arguments ne varient guère avec le temps.

La laïcité, disent les « laïcistes », c’est la NEUTRALITE de l’Etat, qui ne doit pas plus se mêler des croyances religieuses que l’Eglise ne doit s’occuper de ses affaires d’Etat. La laïcité entend assurer, par cette neutralité, l’égalité entre citoyens, et protéger leur liberté de conscience.

La laïcité, c’est aussi la clarté par une division de fait des espaces privé et public. A la sphère privée les religions, à la sphère publique l’Etat.

La laïcité, c’est enfin un idéal de vie sociale, pour un futur sans classes ni religions. C’est donc au mieux une méfiance envers les croyances religieuses, au pire un non-respect, de fait, de ces croyances, par un profond désamour à leur égard. Sortir le religieux du cœur des hommes, voilà son dessein caché. La laïcité est clairement une idéologie monopolistique qui vient proclamer la supériorité des Droits de l’Homme sur toutes les croyances religieuses, affirmer la prévalence du savoir scientifique sur les principes de la foi.

La laïcité, en réalité, n’est jamais sortie de son esprit guerrier : contre le catholicisme hier, contre l’islam aujourd’hui. Elle a toujours du mal à accepter que la religion puisse se déployer dans l’espace public.

La laïcité est, de surcroît, source de complications permanentes. Loin de distinguer clairement les conduites et expressions religieuses autorisées et celles qui ne le sont pas, elle fait preuve ici du plus grand arbitraire. Prenons justement l’exemple du voile : interdit dans les crèches, les écoles primaires et secondaires ainsi que dans les services publics, mais autorisé à l’université, dans les entreprises privées (sauf règlement intérieur contraire), dans la rue (sauf cas de voile intégral).

Chaque citoyen doit pouvoir exprimer librement ses croyances. Quelle est en effet la valeur de la liberté d’opinions sans la pleine liberté de leur expression ? La liberté d’expression doit être totale, bornée par le seul respect de la loi, de l’ordre public et du libre choix, conformément à l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Concluons. Une idée se juge à sa pertinence et à son « efficacité sociale ». Elle est utile si elle pacifie les esprits, assure les cohabitations nécessaires, elle n’est recevable que si elle ne présente aucun caractère perturbateur pour la communauté. Elle est au contraire inacceptable dans le cas contraire.

La vérité est là : la laïcité n’est PAS UTILE. Nous avons suffisamment de bonnes valeurs démocratiques et républicaines pour ne pas avoir besoin de nous encombrer de ce principe, de fait, diviseur. Nous avons tout l’arsenal législatif et juridique complet pour nous protéger des tensions entre cultures, entre croyances. D’ailleurs, faut-il rappeler que la plupart des pays se limitent à proclamer la « séparation des Eglises et de l’Etat », à mettre en place la sécularisation institutionnelle » ? La Grande-Bretagne, le Danemark ou la Grèce, pour ne prendre que ces trois exemples, ne connaissent pas le principe de laïcité. S’en portent-ils plus mal ? Il ne le semble pas. Faut-il rappeler encore que ni la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 ni la Convention européennes des Droits de l’Homme de 1950 et ses protocoles additionnels ni le Pacte de l’ONU sur les droits civils et politiques de 1966, ne la mentionnent. C’est tout dire !

La laïcité est enfin DANGEREUSE puisqu’elle sème en permanence le trouble dans les esprits et les consciences, divise les communautés de France et d’abord la communauté musulmane elle-même.

La laïcité n’est finalement qu’un « archaïsme républicain » lié à une situation historique donnée, aujourd’hui dépassée. Elle est à présent juste une aberration démocratique.

Michel FIZE, sociologue et écrivain, ancien conseiller régional MdP d’Ile-de-France
Auteur de L’Ecole à la ramasse (L’Archipel, 2019)

Auteur : Michel Fize

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