La Politique Agricole Commune (PAC) et la Politique Commune de la Pêche (PCP) à l’heure du Brexit…

L’horloge tourne inexorablement. Le vendredi 12 avril, à moins d’un report de dernière minute, le Royaume-Uni mettra fin à quarante année d’adhésion à l’Union Européenne. Les conséquences de ce divorce (plus ou moins amiable) semblent encore impossibles à définir. Mais deux domaines au moins nous donnent une idée précise des enjeux à venir : La Politique Agricole Commune (PAC) et la Politique Commune de la Pêche (PCP).

Politiques les plus intégrées au sein de l’Union Européenne, la PAC comme la PCP révèlent les degrés d’interdépendances entre l’UE et le Royaume-Uni. Londres importe entre 40 et 60% de viandes de volaille et porcine, de fromages, de pommes de terre et accuse un déficit commercial de 27 milliards d’euros avec le reste des pays de l’UE. La pêche fut aussi l’un des thèmes majeurs lors de la campagne référendaire de 2016 : Une large majorité de pêcheurs Britanniques ont voté pour le « Leave » afin de reprendre la maîtrise complète de leurs eaux territoriales. Le Royaume-Uni reste encore à ce jour le grenier de la mer de l’Union Européenne avec 40% des captures de l’ensemble de la pêche européenne. Par exemple, la moitié des prises françaises s’effectuent dans les eaux Britanniques !

Il est donc essentiel pour toute la filière agricole et halieutique de trouver un compromis dans le cadre du Brexit à venir. Or, le rejet par trois fois de l’accord trouvé par Theresa May et l’UE à la Chambre des Communes fait craindre le pire des scénarios. La résurgence d’obstacles tarifaires (droits de douane) et non tarifaires (contrôles, normes…) aux échanges affectera les relations agricoles et halieutiques. La question de l’accessibilité à des produits alimentaires sera posée dans le Royaume. Le renchérissement des importations (suite dépréciation de la Livre sterling) augmentera le coût de l’alimentation.

L’UE sera également affectée par le Brexit. La PAC va perdre un contributeur net à son budget dans un contexte de réforme difficile. Par ailleurs, les exportateurs européens risquent de perdre un débouché commercial de première importance avec la fermeture – totale ou partielle – du marché britannique. Et nous avons in fine les questions liées à la pêche. Un bouleversement se prépare dans l’accès à la ressource halieutique. Fermeture des zones de pêche, distorsion de concurrence (quotas absents pour les pêcheurs Britanniques) et donc risque de surpêche.

Il s’agit de préparer toute une filière (agricole, halieutique, viticole, laitière) à des lendemains plus difficiles. Particulièrement en France où les exportations vers le RU représentent un excédent de 3 milliards d’euros par an. De plus, dans un contexte global instable (tension commerciale avec les USA, enjeux sur les prix, gestion durable des ressources, reconnaissance du vivant…) notre pays (et non pas uniquement les acteurs des filières concernés) doit imaginer des réponses nouvelles à moyens et long termes pour faire face aux enjeux à venir. Le développement de l’Agriculture biologique, des circuits courts, des techniques de permaculture ainsi qu’un profond changement dans nos modes de consommation et de production seront sans aucun doute nécessaires. A court terme, il nous faut trouver un « general agreement » avec nos partenaires Britanniques afin d’éviter d’inutiles affrontements.

Martial LE BOULH, délégué national du MdP aux relations internationales

Auteur : Martial Le Boulh

Ajoutez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *