Les chroniques de Médusa – 3

Nous avons compris que la possibilité de faire de très nombreux tests conditionnera la fin du confinement. Tester rapidement tout cas suspect, en mettant les positifs en confinement pour 2 semaines, cassera la chaine de contamination du virus, tout en permettant au reste de la population de reprendre leur vie, de sortir, de s’amuser de travailler. Ainsi les tests qui seront effectués protègeront ceux qui ne seront ni testé, ni malade en faisant régresser l’épidémie. C’est un peu contre-intuitif, mais c’est bien réel.

J’ai du mal à comprendre la vague d’engouement actuelle pour se faire tester qui se manifeste par la rancœur exprimée par beaucoup lorsqu’ils ne peuvent être individuellement testés. Je comprends la nécessité de test et diagnostic pour les maladies où le résultat du test conditionne le traitement, comme c’est le cas pour le SIDA et de bien d’autres maladie. Mais dans le cas du COVID où ce sont les symptômes et pas le fait d’être infecté que l’on traite avec des médicaments simples, et si l’état de santé se dégrade une prise en charge hospitalière prend le relais. Mais le test lui-même ne contribue pas à la meilleure pris en charge de chacun en cas de maladie. Si un traitement suppresseur de l’infection existait, l’utilité du test individuel existerait bien. A noter que la très médiatique chloroquine est loin d’avoir prouvée qu’elle pouvait agir ainsi sans créer plus de risques au stade bénin de la maladie.

Il semble que le peu de test réalisables aujourd’hui doit être utilisé en priorité au diagnostic de ceux qui, si non détectés, pourraient propager le virus chez des publics critiques : les maisons de retraites, les praticiens sanitaires opérant auprès de populations non infectées par le COVID, les membres des cellules de crise et des exécutifs dont la mobilisation maximale est requise en ces temps de crise. Ni la revendication d’égalitarisme, ni celle de privilège de statut social ne me semblent judicieuses pour décider de qui doit être testé.

Alors les tests individuels sont-ils demandés pour aider à l’état psychologique de ceux qui les réclament pour eux-même ? Je trouve que c’est une explication possible. Mais n’y aurait-il pas d’autre moyens de s’occuper de prendre soin de l’état psychologique de la population ? Il est aussi très troublant de noter que les angoisses et le risque réel ne semblent pas corrélés. Alors que ce sont très majoritairement les personnes âgées qui sont susceptibles d’être durement touchées par le virus. Au-delà des observations des gens avec qui on parle, l’enquête de participation au 1er tour des municipales montre que la baisse de participation des jeunes par rapport au pratiques habituelles est sensiblement supérieure à celle des personnes âgées, alors que leur risque face au CV-19 est très inférieur. Paradoxe ? Mauvaise compréhension ? Mauvaise information ?

Etant donnée la nouveauté de la situation, la population doit assimiler beaucoup de nouvelles informations. Le fait que la priorité ait été mise sur l’alerte pour que les mesures de confinement soit acceptée et appliquées semble logique. Mais la mise en place massive de cellules d’écoute supervisées par des professionnels pourrait compléter le dispositif. Il s’agirait d’apporter des réponses et un peu de clarté aux questions que se posent les citoyens en souffrance et en angoisse, mais aussi d’identifier les cas nécessitant un suivi psychologique individuel pour éviter qu’une épidémie psychologique aux conséquences très sérieuses ne s’ajoute à l’épidémie virale.

Pierre-Louis VERNHES

Auteur : Pierre-Louis Vernhes

1 commentaire

  1. En effet, le flux d’informations du “professeur moustache” à la télé vient conforter la maxime : tu mourras moins bête mais tu mourras quand même (Marion Montaigne)…

    En ce qui concerne la chloroquine “miraculeuse”,bien que dangereuse pour les cardiaques,cette affaire rappelle le fameux vaccin anti H1N1 dont les essais portaient déjà sur une trop faible cohorte de patients. Cela n’a pas découragé M.Bachelot d’en faire fabriquer des millions de doses inutiles par Sanofi. En cas de crise sanitaire, il serait ainsi nécessaire de toujours soutenir un fleuron du CAC 40 plutôt que d’engager une réflexion sur la santé, qui n’est pas une marchandise…

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