Face au Covid19 et à tous les risques majeurs, il faut réviser le Plan Blanc !

Les risques majeurs ne sont sans doute pas plus prégnants qu’hier pour la population humaine, mais mieux analysés. Une approche croisée des phénomènes permet de les relier pour soumettre au politique les enjeux afin de renforcer le système de santé publique, à mi-chemin de la médecine d’urgence et de la médecine humanitaire face aux pandémies.

Le réchauffement planétaire se profile avec sa cohorte de nuisances : sécheresse et problème de l’accès à l’eau potable, incendies géants et désertification, modification des zones climatiques et perte massive de biodiversité, fonte de la banquise et inondations. Dans ce contexte on assiste désormais à la résurgence de maladies du passé mais aussi à l’apparition de nouvelles (Covid19…) par la prolifération de vecteurs ou le contact de l’homme avec des espèces infectées (volaille, porc, chauve-souris…), le trafic d’animaux sauvages.

La dénégation des vaccins par des charlatans rend également plus vulnérable la population dans son ensemble face à une infection. C’est par exemple le cas de la rougeole, une des principales causes de mortalité infantile dans le monde.

Quelques exemples : les zoonoses transmises par les moustiques transgressent désormais largement les zones tropicales et subtropicales d’origine en raison des déplacements massifs de population, de la déforestation, des échanges globalisés et du tourisme. Ainsi le moustique Aedès véhicule le virus Zika qui péjore gravement le développement des nourrissons mais aussi le virus de la Dengue qui induit des fièvres hémorragiques. Ce moustique a été identifié à Madère et dans le midi de la France, comme son cousin (« tigre ») Chikungunya, issu de l’océan indien.

A Madagascar, le paludisme, jadis circonscrit dans les forêts, réside désormais dans les eaux stagnantes en ville. Le vibrion du choléra sévit à nouveau massivement dans les régions pauvres subissant un manque d’eau potable, une absence d’épuration des eaux usées (Haïti après le tremblement de terre), mais aussi dans les zones de conflit (Yémen). Une épidémie récente d’anthrax (maladie du charbon) dans les troupeaux de rennes en Sibérie vérifie que la fonte accélérée du pergélisol est capable de réactiver des virus infectieux pour les humains.

Face à ces nouveaux périls, une réflexion globale sur le système de santé doit être engagé. Les moyens de l’hôpital public sont indignes aux Antilles, à Mayotte…mais aussi en Seine-Saint-Denis. De façon générale, les établissements restent sous dotés en personnels, manquent de lits et d’équipements adaptés. Ils sont aussi inégalement répartis sur le territoire. Il s’agit clairement des conséquences de la politique libérale de casse des services publics depuis des décennies. Au fur et à mesure du développement de la pandémie de Covid19 émergent de nouvelles questions.

Le seuil de déclenchement du « plan blanc » pour faire face à une situation sévère de régulation du flux des patients aux urgences de l’hôpital a-t-il été suffisant au regard du dépassement des capacités immédiates de réponses adaptées par la « vague » de Covid19 ? Ce n’est pas la gravité du patient individuel à être inédite, mais la quantité de patients. « Il y a une disproportion entre la demande de soins et l’offre » (Jane MURET). Le retour d’expérience, sans tabou, des unités de soins de l’Est (Mulhouse, Strasbourg…) et de l’Ile-de-France sera sans doute déterminant pour que la population dise jusqu’où aller en matière d’infrastructures, pour une réponse qui ne sera pleinement efficace qu’à l’échelle de 10 ans. En attendant, le mouvement brownien des patients distribués d’une région à l’autre par le train, le bateau ou l’avion constitue sans doute un ultime recours.

Les moyens « exceptionnels » déployés en terme de rappel de personnels peuvent-ils être adaptés en raison des carences majeures dans les spécialités requises pour traiter le Covid19 ? Pour le dire de façon crue, cette question pose la question de la formation initiale des cursus en médecine, de la distribution des spécialités au regard des besoins (déserts médicaux en anesthésie, gynécologie, ophtalmologie, rééducation…), de la compétence des personnels de suppléance. La gestion des soignants eux-mêmes nous interpelle : la polyvalence de certains médecins et infirmiers peut-elle constituer une réponse adaptée ? Qu’est-il envisagé en cas de crise majeure atteignant une partie du personnel (contamination par manque d’équipements de protection adaptés, burn out…) ? Le « management » de la santé a véritablement ici atteint ses limites.

La question de l’éthique est à nouveau posée, justifiant l’usage du mot « guerre » par le Président. Dans le contexte actuel, si un tri des patients est effectué, cela peut-être en raison d’une sensation de pouvoir absolu sur les corps et les esprits en lien avec le mandarinat qui perdure. A la marge, la tentation eugéniste peut aussi exister chez quelques médecins nostalgiques du régime de Vichy qui a créé leur ordre. « La désorientation est importante chez les jeunes soignants qui ont grandi dans la perspective du droit à la santé et non du droit aux soins. » C’est donc une réflexion collégiale des équipes, selon « des protocoles partagés et dans l’urgence qui doivent permettre d’offrir à chaque patient les possibilités que le système permet » (J.Muret). Pour autant, nous ne sommes pas partisans de l’acharnement thérapeutique mais rien ne justifie d’écarter des soins de cardiologie, de dialyse, de cancérologie ou d’obstétrique un sujet Convid19 au nom du darwinisme social que je combats, avec le Mouvement des Progressistes, dans tous les domaines.

Ainsi, la problématique de la prise en charge des hospitalisations de patients non programmés devra établir si la baisse constatée de fréquentation des généralistes aura eu une incidence létale sur les personnes isolées ou âgées qui présentent parfois plusieurs pathologies et hésitent néanmoins à consulter.

Les efforts de communication du gouvernement sont louables mais encore trop réduits aux éléments journaliers (nombre de patients, décès…) alors que la population s’interroge déjà sur la crédibilité de la réponse apportée, la nécessaire solidarité européenne par analogie avec la situation épidémiologique des autres pays et la disponibilité en matériels divers.

Par-delà le COVID 19, quelle réponse sanitaire face à une catastrophe industrielle majeure (Lubrizol à Rouen) et le suivi épidémiologique de la population ou pire encore,« l’improbable aléa » de la fusion d’un réacteur nucléaire ? Avec les grands brûlés à soigner et en même temps la nécessité d’assurer une veille radiologique sur les effets de l’iode, du césium…

Il est temps d’adapter le plan blanc, ce qu’une enquête parlementaire devrait préciser.

Je remercie vivement Jane MURET (Génération Ecologie), anesthésiste-réanimateur à l’Institut Curie, de m’avoir transmis des documents me permettant de préciser cette tribune. « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible » Antoine de St Exupéry (Citadelle,1948)…

Jean COUTHURES
délégué national du MdP à l’Ecologie

Auteur : Jean Couthures

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