La Seine, acteur majeur de la qualité de l’air à Paris

D’un point de vue écologique et sanitaire, les grandes métropoles ultra denses – et Paris en est une, tout particulièrement par sa densité très importante – n’ont pas que des désavantages, loin s’en faut. La compacité de leur mode d’organisation permet par exemple de réaliser des économies d’échelle considérables au niveau de l’énergie et des ressources consommées par leurs habitants, réduisent notre dépendance à la voiture, et elles sont également les villes où l’on marche et flâne le plus volontiers le long des rues, ce qui a des conséquences favorables sur la santé de leurs habitants.

Cependant, leur talon d’Achille reste bien souvent la pollution de l’air et le manque d’espace vert. Le paradoxe, c’est que pour pouvoir correctement fonctionner, de telles villes dépendent d’équilibres écologiques et naturels très fragiles qu’elles se doivent de ne pas oublier dans leur développement, ce qui est hélas trop souvent le cas à l’occasion de tels ou tels grands travaux.

A l’instar de Stuttgart, ville pionnière en la matière, la plupart des grandes villes allemandes, de Francfort jusqu’à Münich, disposent aujourd’hui de « corridors d’air frais » intégrés directement au sein de leurs propres plans d’urbanisme. Des plans d’urbanisme qui prévoient tous de limiter tant les constructions que les plantations tout au long de leur cours.

Et cette bonne idée de « corridors d’air frais », au vu des bons résultats jugés bénéfiques qu’elle a pu produire ici et là, a commencé à s’exporter bien au-delà du microcosme allemand et tout particulièrement en Chine.
En France, on ne peut en revanche qu’être surpris par la timidité des programmes ciblant ou tentant de prendre en compte la « santé urbaine », là où pourtant, une bonne partie de nos proches voisins s’y mettent désormais avec entrain et grand enthousiasme.

A Paris, malgré le fait que la capitale soit aujourd’hui la plus densément peuplée d’Europe, rien ne semble avoir été pensé ces dernières années pour préserver la santé humaine des habitants de Paris. Les constructions continuent à se faire au gré des programmes commerciaux sans véritable étude d’impact sur la qualité de l’air et les « corridors de ventilation », pourtant devenus ailleurs un des outils de planification urbaine les plus innovants.

Et les constructions continuent à se faire tout particulièrement autour de la Seine, formidable espace naturel à préserver et qui constitue le corridor de ventilation le plus évident à l’échelle de Paris et sa banlieue.

Chaque construction, quelle qu’elle soit, devrait y être minutieusement pesée et réfléchie afin de ne pas créer d’effets désastreux sur le micro-climat urbain parisien. Il n’en est hélas rien !

A l’instar de ces grandes places très minérales dont la capitale regorge et sur lesquelles il est bien difficile de se ballader l’été en période de canicule – je pense bien sûr aux places de la Bastille, de la République, de la Concorde…-, les abords de la Seine ne sont pas mieux fournis et ne sont surtout pas préservés d’une urbanisation minérale à outrance qui détruit peu à peu les écosystèmes, amoindrit de jour en jour la qualité de l’air et joue indéniablement contre le climat.

La Seine, cette trachée qui permet notamment à nos poumons de respirer, à l’air de s’écouler en évitant ainsi de concentrer les particules nocives inévitablement générées par le métabolisme urbain et l’activité humaine, n’a pas aujourd’hui l’attention qu’elle mérite !

Nombre de programmes urbains actuels sont établis sans aucune considération environnementale et climatique et malgré le risque très important de voir réduire l’efficacité de ce corridor de ventilation. Et cela à contrario de ce qui se fait à présent dans presque tous les pays les plus avancés en matière de réflexion urbaine.
Il s’agit toujours surtout de construire et construire encore, tout autour de la Seine, voire directement sur le fleuve lui-même sans la moindre réflexion d’impact sur la santé humaine.

Des programmes qui, s’ils étaient vraiment réalisés, par l’effet néfaste qu’ils produiraient sur la ventilation nécessaire, pourraient avoir des conséquences désastreuses sur la qualité de vie et la santé humaine. Nous, écologistes, nous ne souhaitons pas brader la santé des Parisiennes et des Parisiens, des Franciliennes et des Franciliens au bénéfice de grands travaux futiles voire inutiles. C’est une question impérieuse de santé publique, celle avant tout des personnes les plus fragiles, des enfants, des personnes agées.

Le projet actuel le plus emblématique de cette absence de prise en compte environnementale et de santé publique est sans doute celui de la place Mazas, dans le douzième arrondissement de la capitale, tout près du Pont d’Austerlitz. Un projet qui prévoit notamment la construction d’un immeuble en R+7, un projet qui serait interdit en Allemagne et dans plusieurs autres pays européens au vu de l’exigence de ventilation de la cité.

Un projet qui n’aurait certainement pas plu non plus à Sully, ministre d’Henri IV, qui avait pris la décision de débarrasser la Seine et les ponts des constructions qui la parasitaient à l’époque. Il s’agissait alors et déjà de lutter contre les mauvaises odeurs et d’essayer d’assainir l’air de Paris.

Un projet prévoyant de construire sur un quai haut et donc de rétrécir sensiblement le flux d’air capable de s’écouler le long de la Seine…Non, ce n’est pas possible ! Les Parisiennes et Parisiennes méritent un environnement sain et respirable ! Ne bradons pas ni le climat ni la qualité de l’air aux promoteurs immobiliers !

Au-delà des limites parisiennes, bien d’autres projets en cours de réalisation ou de réflexion pourraient nuire de manière sensible au couloir de rafraichissement que constitue la Seine. Des projets dangereux pour les habitants d’Ile-de-France ! Je pense notamment aux projets du SIAAP dans les Yvelines, des ciments Lafarge, de Vaux le Pénil…

Alors que l’Ile-de-France et Paris ne font que perdre des habitants qui fuient l’absence de qualité de vie, l’absence de mesures visant à améliorer l’air, à lutter contre les pollutions, il faut agir pour préserver la Seine comme corridor d’air frais, c’est ce à quoi les écologistes sont fermement attachés et ce pour quoi ils continueront à intervenir sans relâche.

François BECHIEAU, secrétaire national du Mouvement des Progressistes, engagé en Ile-de-France avec Julien Bayou et le rassemblement des écologistes

Auteur : François Béchieau

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