Les chroniques de Médusa – 2

Je reviendrai sur la période antérieure qui nous a menée à la crise mais, aujourd’hui, je traite du présent et du futur très proche à quelques semaines.

Nous sommes au milieu de la crise, et le futur lointain comme les analyses du passé ne sont pas les priorités du moment, mais ça le sera à nouveau un fois la décrue amorcée.

L’argent n’est plus non plus un problème pour plusieurs raisons. Vous avez tous noté le changement de discours de Macron, Philippe et Le Maire : « A tout prix » a remplacé « contrôle des déficits ». Il faudra bien sûr donner une prime et revaloriser les traitements des professions au front aujourd’hui. Mais l’argent ne peut pas tout en cette période de crise, et on peut même dire qu’il ne permet pas grand-chose.

La France ne dispose pas de suffisamment de masques, de tests et de respirateurs, c’est un fait. Donc, aujourd’hui, si ces équipements ne sont pas disponibles, c’est que ceux qui les vendent en temps normal ne peuvent les fabriquer et les fournir dans les délais dans lesquels on en a besoin. Les pouvoirs de réquisition du gouvernement et des préfets sont étendus et quand des solutions émergeront cela devrait permettre de les mettre en œuvre facilement et rapidement.

La communication de l’exécutif a, à bon escient, évité de mentionner la pénurie et les conséquences tragique de celle-ci pour éviter d’ajouter angoisse, panique voire trouble à l’ordre public aux crises suffisamment nombreuses que l’on doit traiter. L’exécutif et les administrations travaillent néanmoins, sans que ce soit mis en avant, à réparer cela au plus vite en faisant tout pour que les 4 fabricants français de masque montent aussi vite que possible leur production, et que la seule entité apparemment capable de produire les enzymes nécessaires au test le fasse en quantité suffisante et au plus vite.

Mais c’est là que le mode de fonctionnement normal cesse. Des chercheurs ont proposé en 48 heures un projet de recherche pour aider à la compréhension de l’épidémie pour mieux la combattre, et la validation du comité d’éthique qui prend généralement un an a pris une nuit.

Donc, chercheurs, si vous avez des choses à proposer pour aider à la situation, faites en part, les validations et les moyens humains et matériels sont mobilisables très rapidement.

Si vous travaillez dans l’industrie et que vous voyez par exemple la possibilité de reconvertir votre production pour produire des éléments indispensables comme des masques et des respirateurs, c’est essentiel et ça peut aider, même si ce que vous faites n’est pas aussi robuste et à des standards d’exigence qu’à l’habitude. Ca peut quand même aider et les directions de l’économie des régions recensent ces propositions.

Si le discours « le gouvernement doit fournir … » est celui entendable à moyen terme, à court terme la résilience c’est la possibilité de faire avec les moyens du bord et les initiatives et les impulsions peuvent et doivent aussi venir du terrain des gens qui ont des compétences applicables à cela.

Peu de monde se trouve dans de telles positions, malgré tout on peut trouver à agir autrement. Souvenez-vous que tout un chacun peut être infecté par le virus sans le savoir, ni s’en porter plus mal, mais avec un potentiel de contagiosité et c’est un vrai problème. Si les masques de type chirurgicaux étaient largement disponibles, on en porterait tous pour sortir, mais ce n’est pas le cas.

Si lors des rares sorties que vous devez faire vous diminuez encore vos risques de contaminer le comptoir de la boulangerie ou les étals du supermarché par vos postillons naturellement émis quand vous parlez, fabriquez-vous un masque, il ne sera pas médical, il ne sera pas homologué, il ne vous protègera pas vraiment ce n’est pas le but, mais il protègera LES AUTRES et c’est ce qui est important car c’est l’objectif de la phase de confinement. Mais si vous ne vous sentez ni capables de coudre ou tailler les pièces de tissus pour faire des masques vous pouvez expliquer à votre entourage et vos contacts l’importance de protéger les autres.

Je pense que la sortie de confinement, d’ici quelques semaines, s’accompagnera vraisemblablement de port de masque généralisé dans l’espace public et les espaces de travail. Alors nous pouvons nous y préparer.

Si vraiment rien de tout ça n’est pour vous, vous pouvez aussi faire les courses pour les personnes âgées qui habitent près de chez vous et les leur laisser à leur porte, cela diminuera leur risque de se faire contaminer.

Sans bouger de chez vous, vous pouvez aussi proposez vos services de soutien scolaire par téléphone ou Skype car tous les parents ne sont pas à même d’aider leur ados et que les profs ne sont pas en nombre suffisants pour faire du suivi individualisé.

Si vous avez l’occasion de voir des infirmiers dans leur tournée sonner et entrer chez un patient en utilisant un petit tissu pour appuyer sur le bouton et saisir la poignée, vous pouvez aller désinfecter 4 fois par jour la plaque d’interphone, les poignées de portes et les boutons d’ascenseur de votre immeuble. Je sais que ce n’est pas à vous de le faire et que votre résidence paye un service d’entretien, mais en ces temps extraordinaires, il faut faire un petit effort supplémentaire et qu’une partie non négligeable de la solution réside dans les solidarités.

Au final, la société n’est que l’addition de ses individus multipliée par les complémentarités et les solidarités qui forment l’intelligence collective. Nous ne sommes pas clients de la société, nous sommes tous acteurs et, en ces temps extraordinaires, nous devons un peu sortir de nos rôles habituels. Le faire devrait en aider certain à limiter l’angoisse et troubles psychiques qui naturellement émergent dans cette période.

Pierre-Louis VERNHES

Auteur : Pierre-Louis Vernhes

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