Les chroniques de Médusa – 6

La polémique monte au sujet d’une supposée loi d’amnistie votée par le sénat. Passons sur la qualification qui n’est pas appropriée, mais la contestation porte aussi bien sur l’amendement voté par tous les partis au sénat, que sur le gouvernement qui s’y opposait, signe d’une société civile défiante des institution politiques, voir incohérente et contradictoire. Ce fut une erreur de la part du sénat de voter cet amendement au regard de la loi existante, les préoccupations clientélistes des sénateurs ont créé un soudain incendie des réseaux sociaux sur cette question. La question de la responsabilité n’en demeure pas moins une question qui mérite que chacun s’interroge sur la façon dont cela devrait être intégré dans la société. Que doit être la loi? De quelle marge d’interprétation bénéficient les individus ? Quelle part liberté d’appréciation laisse-t-on à la justice ?

En ces temps où il est urgent de prendre des décisions pour changer les choses radicalement pour faire évoluer notre société, nos modes de production, notre respect des limites naturelles, on observe un rejet systématique de toute incertitude. La crise du COVID en est l’exemple.

Des décisions ont dû être prises dans une situation où la compréhension par les spécialistes du sanitaire a évolué très rapidement. Les décideurs, politiques mais pas seulement, ont dû les prendre avec de grandes incertitudes. A posteriori, à la lumière de l’amélioration du diagnostic avec le temps, et même de l’observation des conséquences des mesures effectivement prises, il sera très facile d’expliquer que ceux qui ont décidé auraient dû faire d’autres choix. Il ne s’agit pas ici de nier le fait que des erreurs ou des fautes ont été commises, et des sanctions devront être éventuellement prises. La fonte depuis 2013 des stocks importants de masques par exemple, devra être analysée, car une fabrication nationale de masque n’aurait pas supplanté ces stocks au déclenchement de l’épidémie. Nous devons collectivement admettre que collectivement l’intérêt pour la question de la préparation à une pandémie était au plus bas.

Au moment du déconfinement, dans une telle atmosphère de défiance, nous allons inciter chaque personne qui va devoir prendre des décisions à ne pas le faire, et à trouver toutes les excuses pour ne pas le faire. Ne pas réouvrir une école expose bien moins que de décider de l’ouvrir en faisant au-mieux dans l’application des conditions sanitaires mais sans réussir à ce que ce soit parfait, sans tâtonnement. Et pourtant, il est urgent de pouvoir vivre à nouveau, il est urgent qu’un maximum d’enfants puissent à nouveau retourner à l’école. Mais là aussi on voit les contradictions : les mêmes personnes et organisation reprochent à la fois le choix laissé à chacun de renvoyer ou non ses enfants à l’école, mais également une décision qui aurait été générale. Nous sommes collectivement tels des joueurs de loto voulant gagner, mais exigeant du buraliste qu’il les assure des numéros qui sortir avant de parier. Pour les écoles et les lycées, le risque n’est pas nul, et si les choses se passent bien sans que les écoles deviennent des foyers d’infection, personne ne sera là pour féliciter ceux qui auront pris le risque, avec toute la prudence possible. Mais si quelques-uns émergent, même en nombre très faible, la loupe des media et des réseaux sociaux fera se déchaîner la colère. Prendre un risque, tout en faisant preuve d’autant de prudence que possible

Dans le domaine de l’écologie, nous allons dans les années à venir être confronté à la question des décisions à prendre sous la pression forte de l’urgence, sans que toutes les conséquences des changements puissent être connue à l’avance de façon certaine, aussi bien parce que la science n’aura pas permis de prédire parfaitement les effets sur le climat par exemple de mesures, ou que les conséquences sur l’organisation sociale demeurent incertaines. A chaque étape, le statuquo sera moins incertain et plus simple à faire accepter. De plus le statuquo, peut ne pas être une décision vue sur le long terme, mais elle peut le devenir simplement par le fait de remettre à plus tard une décision de changement.

La transition écologique se fera en prenant des décisions avec une part d’incertitude qu’il faut accepter, avec des essais et tâtonnements. Là encore, une certaine progressivité et des expérimentation destinées à éclairer la décision sera nécessaire. Quand on navigue, on ne peut refuser à tout virement de bord, parce qu’on n’a pas la certitude que c’est le meilleur choix, on doit s’assurer que l’on progresse vers la destination, une fois le choix fait, il est plus important collectivement d’essayer de voir quel est le prochain choix à faire plutôt que de débattre si le précédent était idéal.

Auteur : Pierre Louis VERNHES

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