Les irréductibles gardois contre l’implantation d’Amazone

Autour de ce bassin de vie, nous vivons simplement. A Saint-Hilaire-d’Ozilhan, village gardois d’un millier d’habitants, les enfants vont à l’école à cheval et les viticulteurs sont passés en bio. Mais ce mode de vie, des hommes d’affaires voulaient le changer en installant un grand cube gris de 38.800 m2, 400 mètres de long, 100 mètres de large et 18 mètres de haut,  « Aussi haut que les arènes de Nîmes ! ».

Le terrain choisi surplombe l’autoroute A9 et son ballet déjà incessant de poids lourds, entre Nîmes et Avignon. A l’ouest le Mont Lozère, à l’est, la Provence, en contrebas, le Gardon qui mène au Pont du Gard. Ce projet, validé par le préfet, est un cauchemar pour Patrick Genay, apiculteur et membre de l’ association ADERE qui s’oppose, pour des raisons écologiques au défrichage de ces hectares, à l’ensemble du projet.

Pour Gérard Tornay, membre de l’association, “cela signifie, comme le précisent les commissaires de l’enquête publique, un camion toutes les deux minutes, 24 heures sur 24, sept jours sur sept et pendant douze années au minimum”.

La contestation dépasse largement le village. La population rentre en résistance car au-delà des conséquences environnementales, Amazon nuit à l’image touristique de notre pays. La résistance s’étend jusque vers Uzès. Pour Didier Riesen de l’association Primavera, c’est en effet un “affront” adressé au majestueux Pont du Gard. ” Pour Jacqueline Balvet, de l’association Attac, d’ Alès. “On a suffisamment de problèmes avec le réchauffement climatique quel sens cela peut-il avoir d’envoyer sur les routes davantage de camions vers l’Italie ou l’Espagne ?”

De son côté, Amazon avance ses pions discrètement, sans rien annoncer officiellement. L’entreprise Argan est chargée de concevoir le bâtiment, mais des riverains ont porté plainte pour prise illégale d’intérêts. Ils ont des doutes sur la légalité de certaines procédures de ventes de terres par les élus. Amazone promet des embauches et surfe sur le succès du commerce en ligne pendant cette période du Covid, et avance des arguments écologiques pour s’implanter. “Plus les entrepôts seront proches des clients, plus le maillage sera fin et mieux ce sera”, explique-t-on à la communication d’Amazon France. Un contre-projet en permaculture est présenté mais en face, les opposants ne désarment pas. Dans cette pièce de théâtre, il manque l’acte trois. On travaille désormais sur un contre-projet, une ferme en permaculture à destination des crèches et des écoles, ainsi que de la vente directe de fruits et légumes. On cherche des soutiens politiques, comme celui de l’ancienne ministre de la Culture, Françoise Nyssen, patronne de la maison d’édition Actes Sud à Arles ou celui de la députée Delphine Batho. On rêve de bâtir le monde d’après car le projet Amazon symbolise le monde d’avant. En attendant, on cotise !

Anne LAROUTIS

Auteur : Anne LAROUTIS

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