Lycées : Egalité des chances avez-vous dit Monsieur le Ministre ?

Plateformes APB, Parcours-Sup, les procédures d’admission qui se succèdent n’en finissent pas d’entretenir la hiérarchie sociale de l’enseignement supérieur dans notre pays. Et pourtant, qui s’interroge aujourd’hui sur le rôle des universités dans la reproduction des inégalités territoriales et sociales, sur l’adéquation entre le nombre de candidats et de places ? Sur la dimension marchande de l’offre par l’incitation faite aux bacheliers à se comporter comme des « clients » ? Des universités qui acceptent aujourd’hui la concurrence entre établissements, cloisonnent les filières et adoptent les modes de recrutement des filières sélectives pour les bacheliers (classes prépa).

Un modèle libéral de « gestion des flux » qui contribue à réduire les chances de mobilité sociale des élèves des classes populaires au terme de leur cursus et qui permet aux autres, de toujours concevoir leur éducation comme un « placement » car ils sont assurés d’un soutien économique parental et d’un bagage culturel acquis. Un modèle conservateur qui a traversé l’Atlantique et qui sort hélas renforcée de la dernière période dans notre pays. Un modèle cependant nuancé par de pseudo visées égalisatrices qui visent à légitimer les choix politiques et administratifs par des programmes « d’égalité des chances » ou de « discrimination positive » pour les élèves.

Face à la massification de l’enseignement supérieur depuis 1980, des filières courtes (IUT, STS) ont été créées avec de petites composantes universitaires dont la vocation d’origine à former la masse des bacheliers de filières technologiques a été détournée. Sans les doter des moyens nécessaires, la démarche a été d’accepter les meilleurs bacheliers généraux, leur permettant d’échapper ainsi au premier cycle de l’université. Ce choix contestable a donc accentué de façon directe la ségrégation des bacheliers issus des classes populaires, aggravée pour les bacheliers professionnels. La Cour des comptes a d’ailleurs suggéré d’amplifier l’offre de formations courtes et de les réorganiser, afin de réduire l’abandon des études par les étudiants, « l’accueil de tous se double d’une sélection par l’échec » (F.Dubet, 2000).

Depuis 2017, Parcoursup contraint les candidats à formuler un « projet de formation motivé » pour chaque vœu formulé, rendant leur profil plus « attractif » pour les formations.
Le MdP dénonce les carences de ce dispositif bureaucratique avec le problème des nombreux recalés. Cette situation a rendu nécessaire la nomination d’un 2ème professeur principal en terminale en charge de l’orientation, la création de pseudo « semaines de l’orientation » dans les bahuts, des visites de salon…etc. En raison du couperet arbitraire de l’avis des profs (favorable ou non) et de la faiblesse des informations destinées aux familles, on s’éloigne encore de la nécessaire autonomie des élèves face à une orientation déterminante pour leur avenir. Les ministres Blanquer et Vidal nous l’assurent , le modèle tourne désormais. Pourtant, il est à peine sorti du tirage au sort cruel et indigne de la période APB au profit de commissions opaques en fac avec Parcoursup.

Santé-Education, le parallèle est évident : il est temps de tout remanier et de consacrer les budgets nécessaires pour permettre à tous d’accéder à une formation de qualité et conjurer enfin le fort taux d’échec en premier cycle.

Jean Couthures
membre du Bureau national du MdP

Auteur : Jean Couthures

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