Quelle démocratisation pour l’accès aux grandes écoles : illusion et discriminations !

La place centrale des grandes écoles (ENS Ulm, X, HEC et ENA…) est toujours vérifiée dans la formation des élites en France. En effet les fameux concours très sélectifs sont encore considérés comme un accès juste et équitable aux formations les plus prestigieuses. Pourtant cette vision archaïque ne résiste pas à l’analyse globale des inégalités d’accès, selon l’origine sociale, géographique et même le genre. La reproduction de ce modèle social semble renforcé par le refus de donner pleinement les moyens à l’Université de former les meilleurs de nos étudiants. Avec un attachement viscéral à la hiérarchie, même les profs du secondaire, encore à gauche, hésitent à remettre en question leurs prérogatives en la matière. Pourtant l’Allemagne, dont nous jalousons les compétences scientifiques et l’ingénierie ne possède pas de grandes écoles et facilite les passerelles entre enseignement général et technique.

Dans une présentation percutante et sans tabou qui s’est déroulée le 16 mars dernier (séminaire LIEPP, Sciences Po Paris) Mesdames Cécile Bonneau et Georgia Thebault analysent avec rigueur les données statistiques de l ‘Education nationale pour les lycées (DEPP) et du supérieur pour le cursus des étudiants (SIES). L’efficacité des mesures qui relèvent de la « discrimination positive » est ainsi mise à plat :
La charte pour l’égalité des chances dans l’accès aux formations d’excellence (2005), le Livre blanc des pratiques d’ouverture sociale (2010) qui a permis de parrainer et d’accompagner des lycéens et de modifier les modalités de recrutement, les conventions éducation prioritaire de Sc Po et les cordées de la réussite (2008). Tout cela fait sens mais doit être situé dans son contexte pour ne pas faire illusion et mesurer des ambitions modestes.

La seule région Ile de France concentre 234 grandes écoles, soit 25% des étudiants de niveau Bac +3/5. Paris réunit 18% des grandes écoles contre 17% pour la petite et la grande couronne ce qui illustre l’hyper concentration au détriment des autres régions. Ainsi seules les grandes métropoles s’en sortent. Sur le terrain le taux d’accès aux grandes écoles est de 14% pour les élèves de Paris contre 6% des élèves du Val de Marne par exemple. 61% des étudiants en grande école sont issus de la filière scientifique (S) et il est à noter que 38% de ces étudiants sont issus de classe préparatoire (CPGE) et 39% d’écoles privées post-fac.

Dans un lycée de banlieue, déjà à la peine pour offrir le panel des formations, les chances pour un élève d’accéder à une CPGE sont quasi nulles car 8% des lycées de Paris concentrent les meilleurs enseignants et la Région abonde les établissements privés au détriment de tous les autres. A cela s’ajoute le déterminisme social : 78% des étudiants des grandes écoles sont issus de classe très favorisée contre seulement 9% de classe très défavorisée (ouvriers, chômeurs et précaires). On remarque 18% de boursiers, mais sans illusion, il s’agit le plus souvent d’une exonération des droits d’inscriptions. Comment payer un loyer, se nourrir, acheter des livres…c’est tout simplement impossible.

Il est temps de retrouver l’élan révolutionnaire de l’Abbé Grégoire qui fonda en 1794 l’ENS Ulm mais aussi les Arts et métiers pour l’égalité réelle, un possible accès de tous aux formations. Pour un comité d’instruction publique : Blanquer-Vidal : démission !

Jean Couthures
membre du bureau national du Mouvement des Progressistes

Auteur : Jean Couthures

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