Lycées : Egalité des chances avez-vous dit Monsieur le Ministre ?
Nov07

Lycées : Egalité des chances avez-vous dit Monsieur le Ministre ?

Plateformes APB, Parcours-Sup, les procédures d’admission qui se succèdent n’en finissent pas d’entretenir la hiérarchie sociale de l’enseignement supérieur dans notre pays. Et pourtant, qui s’interroge aujourd’hui sur le rôle des universités dans la reproduction des inégalités territoriales et sociales, sur l’adéquation entre le nombre de candidats et de places ? Sur la dimension marchande de l’offre par l’incitation faite aux bacheliers à se comporter comme des « clients » ? Des universités qui acceptent aujourd’hui la concurrence entre établissements, cloisonnent les filières et adoptent les modes de recrutement des filières sélectives pour les bacheliers (classes prépa). Un modèle libéral de « gestion des flux » qui contribue à réduire les chances de mobilité sociale des élèves des classes populaires au terme de leur cursus et qui permet aux autres, de toujours concevoir leur éducation comme un « placement » car ils sont assurés d’un soutien économique parental et d’un bagage culturel acquis. Un modèle conservateur qui a traversé l’Atlantique et qui sort hélas renforcée de la dernière période dans notre pays. Un modèle cependant nuancé par de pseudo visées égalisatrices qui visent à légitimer les choix politiques et administratifs par des programmes « d’égalité des chances » ou de « discrimination positive » pour les élèves. Face à la massification de l’enseignement supérieur depuis 1980, des filières courtes (IUT, STS) ont été créées avec de petites composantes universitaires dont la vocation d’origine à former la masse des bacheliers de filières technologiques a été détournée. Sans les doter des moyens nécessaires, la démarche a été d’accepter les meilleurs bacheliers généraux, leur permettant d’échapper ainsi au premier cycle de l’université. Ce choix contestable a donc accentué de façon directe la ségrégation des bacheliers issus des classes populaires, aggravée pour les bacheliers professionnels. La Cour des comptes a d’ailleurs suggéré d’amplifier l’offre de formations courtes et de les réorganiser, afin de réduire l’abandon des études par les étudiants, « l’accueil de tous se double d’une sélection par l’échec » (F.Dubet, 2000). Depuis 2017, Parcoursup contraint les candidats à formuler un « projet de formation motivé » pour chaque vœu formulé, rendant leur profil plus « attractif » pour les formations. Le MdP dénonce les carences de ce dispositif bureaucratique avec le problème des nombreux recalés. Cette situation a rendu nécessaire la nomination d’un 2ème professeur principal en terminale en charge de l’orientation, la création de pseudo « semaines de l’orientation » dans les bahuts, des visites de salon…etc. En raison du couperet arbitraire de l’avis des profs (favorable ou non) et de la faiblesse des informations destinées aux familles, on s’éloigne encore de la nécessaire autonomie des élèves face à une...

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Sahara Occidental – Gdeim Izik : Le droit à la colère
Nov07

Sahara Occidental – Gdeim Izik : Le droit à la colère

Gdeim Izik : Le droit à la colère. La colère qui a permis de poser les termes du conflit. Par Naâma Asfari à la prison de Kénitra, le 28 octobre 2020. Dans le célèbre passage de « La phénoménologie de l’esprit » qui est la dialectique de la maitrise et de la servitude, Hegel décrit le conflit entre deux individus menant à l’asservissement du plus faible. Je perçois d’abord l’autre comme une menace pour mon identité. S’engage alors une lutte à mort pour la reconnaissance à la suite de laquelle, le dominé reconnaît la supériorité du dominant. Mais cette relation n’est pas figée. Le dominant a en effet besoin du dominé pour être reconnu en tant que maître. En ce sens, il n’est pas autonome. Le dominé accède quant à lui à la reconnaissance de lui- même à travers son travail qui lui permet de façonner son identité, niée d’abord par le dominant. Aujourd’hui, on peut déchiffrer la lutte du peuple sahraoui dans les Territoires occupés à cette lumière. On peut lire au prisme de cette dialectique du dominant/dominé le mouvement de la résistance sahraouie, et faire la lumière sur l’évènement Gdeim Izik en 2010, moment historique dans le combat pacifique du peuple sahraoui. Pourquoi Gdeim Izik exprime-t-il une colère du peuple? La colère, ce grand refoulé des trois dernières décennies « ni guerre, ni paix » revient au premier plan aujourd’hui avec ce qui se passe à Guerguerat depuis le 20 octobre 2020, une manifestation pacifique organisée par des civils venus des Campements de réfugiés sahraouis de Tindouf et des Territoires libérés pour célébrer Gdeim Izik et contester la présence négative de la MINURSO-Mission des Nations Unies pour l’Organisation du Référendum d’autodétermination pour le Sahara Occidental . Pour comprendre tout ça, rien de tel que de lire « Colère et temps », un essai du philosophe allemand Peter Sloterdijk, paru en 2006, qui se lit comme une prophétie, désormais un classique de la philosophie politique. Selon Sloterdijk, la colère est le moteur principal de l’histoire. « Elle est la chose du monde la mieux partagée », l’auteur fait du thymos, concept inventé par Platon pour désigner une partie de l’âme liée à la fois aux émotions et à la fonction sociale de l’individu, le coeur des actions de la vie politique. Comment puiser dans la colère passive pour créer de la colère active, constructrice? C’est le ressort complexe que tentent tant bien que mal d’actionner mouvements et partis politiques, comme l’explique Peter Sloterdijk. Le héros mythologique Achille est la première incarnation de cette colère bouillonnante, imprévisible, donc dangereuse. C’est pourquoi la question de son orientation est cruciale. Comme...

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Les irréductibles gardois contre l’implantation d’Amazone
Nov05

Les irréductibles gardois contre l’implantation d’Amazone

Autour de ce bassin de vie, nous vivons simplement. A Saint-Hilaire-d’Ozilhan, village gardois d’un millier d’habitants, les enfants vont à l’école à cheval et les viticulteurs sont passés en bio. Mais ce mode de vie, des hommes d’affaires voulaient le changer en installant un grand cube gris de 38.800 m2, 400 mètres de long, 100 mètres de large et 18 mètres de haut,  « Aussi haut que les arènes de Nîmes ! ». Le terrain choisi surplombe l’autoroute A9 et son ballet déjà incessant de poids lourds, entre Nîmes et Avignon. A l’ouest le Mont Lozère, à l’est, la Provence, en contrebas, le Gardon qui mène au Pont du Gard. Ce projet, validé par le préfet, est un cauchemar pour Patrick Genay, apiculteur et membre de l’ association ADERE qui s’oppose, pour des raisons écologiques au défrichage de ces hectares, à l’ensemble du projet. Pour Gérard Tornay, membre de l’association, “cela signifie, comme le précisent les commissaires de l’enquête publique, un camion toutes les deux minutes, 24 heures sur 24, sept jours sur sept et pendant douze années au minimum”. La contestation dépasse largement le village. La population rentre en résistance car au-delà des conséquences environnementales, Amazon nuit à l’image touristique de notre pays. La résistance s’étend jusque vers Uzès. Pour Didier Riesen de l’association Primavera, c’est en effet un “affront” adressé au majestueux Pont du Gard. ” Pour Jacqueline Balvet, de l’association Attac, d’ Alès. “On a suffisamment de problèmes avec le réchauffement climatique quel sens cela peut-il avoir d’envoyer sur les routes davantage de camions vers l’Italie ou l’Espagne ?” De son côté, Amazon avance ses pions discrètement, sans rien annoncer officiellement. L’entreprise Argan est chargée de concevoir le bâtiment, mais des riverains ont porté plainte pour prise illégale d’intérêts. Ils ont des doutes sur la légalité de certaines procédures de ventes de terres par les élus. Amazone promet des embauches et surfe sur le succès du commerce en ligne pendant cette période du Covid, et avance des arguments écologiques pour s’implanter. “Plus les entrepôts seront proches des clients, plus le maillage sera fin et mieux ce sera”, explique-t-on à la communication d’Amazon France. Un contre-projet en permaculture est présenté mais en face, les opposants ne désarment pas. Dans cette pièce de théâtre, il manque l’acte trois. On travaille désormais sur un contre-projet, une ferme en permaculture à destination des crèches et des écoles, ainsi que de la vente directe de fruits et légumes. On cherche des soutiens politiques, comme celui de l’ancienne ministre de la Culture, Françoise Nyssen, patronne de la maison d’édition Actes Sud à Arles ou celui de la députée Delphine Batho. On rêve...

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Fraude sociale, entre cloisonnement et démantèlement des services
Sep18

Fraude sociale, entre cloisonnement et démantèlement des services

Eric Ciotti, Président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, pointe une nouvelle fois les bénéficiaires du RSA et les amalgame aux fraudeurs aux aides sociales. « Comme président des @alpesmaritimes, j’ai créé en 2011 la première brigade nationale de lutte contre la fraude au RSA de France. Nous vérifions les prestations et traquons les fraudeurs » explique-t-il sur Twitter le 16/09/2020. C’est un vieux marronnier de la droite : « quand le politique désigne la fraude, l’électeur regarde le pauvre ». Le rapport de la Cour des Comptes, La lutte contre les fraudes aux prestations sociales, a été publié le 08/09/2020. Permettez-moi d’en citer un large extrait afin de bien expliquer la situation : « Les fraudes détectées se concentrent, en montant, sur certains types de prestations, d’auteurs ou de situations : – pour la branche famille, ce sont principalement le RSA, la prime d’activité et les aides au logement qui font l’objet de fraudes. À lui seul, le RSA a représenté 46 % des fraudes qualifiées en 2019. L’omission et les fausses déclarations de ressources constituent le premier mode opératoire de fraudes et de fautes détectées (69 % en 2019) ; – pour l’assurance maladie, ce sont les professionnels et les établissements de santé et médico-sociaux qui concentrent une part prépondérante des montants de préjudices subis et évités, soit près de 80 % du total en 2019. Ceux-ci concernent des facturations d’actes médicaux et paramédicaux, de séjours en établissement de santé, de prestations et de biens de santé fictifs, ainsi que des surfacturations ; – pour la branche vieillesse, les prestations du minimum vieillesse, soumises à des conditions de ressources et de résidence stable en France, ont été à l’origine de près de trois fraudes sur quatre détectées en 2019 ; – pour Pôle emploi, les reprises d’activité non déclarées représentent chaque année, depuis 2015, plus de 70 % du nombre d’affaires frauduleuses. Le nombre de fraudes et de fautes sanctionnées a lui aussi beaucoup augmenté, grâce aux sanctions administratives (avertissements et pénalités financières décidées par les directeurs des organismes sociaux), qui suppléent pour partie les réponses pénales et ordinales. Toutefois, au-delà de la mise en recouvrement des sommes indûment versées, qui revêt un caractère systématique, seules les Caf sanctionnent en pratique toutes les fraudes, au moins par un avertissement (qui pourra être suivi d’une pénalité financière majorée en cas de récidive). » A la lecture de ces éléments de compréhension, il ne s’agit aucunement de nier l’ampleur des fraudes sociales ni de les justifier. Nous contribuons toutes et tous à la protection sociale, par nos cotisations et nous devons continuer à défendre ce modèle. Mais s’il y a...

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Plan de relance, le puéril jeune
Sep05

Plan de relance, le puéril jeune

Après l’annonce du plan de relance de l’économie et du plan « 1 jeune, 1 solution », je ne peux que déplorer et dénoncer l’absence de réponse à l’urgence sociale dans laquelle les jeunes surnagent depuis le début de l’épidémie. Je prendrai un exemple de mon quotidien professionnel pour l’illustrer. H., 21 ans, est titulaire d’un Bac Pro dans le domaine de l’accueil et de la relation client, mais, ne trouvant pas de travail, elle a fini par accepter, en janvier 2020, un emploi d’auxiliaire de vie sociale chez les particuliers. Durant le confinement, elle est contrainte de continuer à gagner sa vie. Comme elle travaille à temps partiel, la Garantie Jeunes (dispositif de la mission locale) lui verse une allocation en complément. Mais la situation se dégrade : elle fait des kilomètres en bus chaque jour pour aller d’un bénéficiaire à un autre, sans temps de pause bien souvent et elle achète ses propres masques car son employeur ne lui en fournit pas. En juin dernier, elle craque et démissionne de son travail tout en cherchant un autre emploi plus valorisant. Elle finit par décrocher une mission de service civique, ce qui lui assure un maigre salaire mais la maintient dans la précarité. Des jeunes dans une telle situation, il y en a des milliers : les journaux les appellent les « oubliés de la Covid 19 ». Etudiants contraints à la galère pour se nourrir et se loger, jeunes diplômés en Licence qui sont préparateurs de commandes dans la grande distribution, intérimaires sans missions, jeunes sans qualification prêts à accepter n’importe quoi, quand ils ne cèdent pas à la tentation des réseaux et des trafics. La jeunesse s’ensauvage, disent-ils à droite et au gouvernement ? Mais le monde qu’on leur propose est lui-même sauvage, mesquin, cynique, précaire. Rien ne justifie les violences et la délinquance, d’où qu’elles viennent et quelles qu’en soient les victimes. On peut cependant tenter d’en comprendre certaines raisons. Un plan de 6,5 milliards d’euros prétend favoriser l’insertion et l’emploi pour l’insertion de750 000 jeunes. Si le soutien à la formation professionnelle, à l’apprentissage et à l’embauche constitue, sans aucun doute, une série de bons leviers, en revanche, depuis le CICE, le Mouvement des Progressistes demande que l’Etat s’assure des contreparties réalisées par les entreprises qui reçoivent ces aides, surtout les plus grandes. Le temps de la mise en œuvre de cet énième plan et du renforcement des moyens de l’insertion, rien ne sera réglé sur l’urgence sociale, qui frappe durement les jeunes (et les familles, les personnes âgées ou en situation de handicap). La mise en place d’un revenu minimum, quel que soit...

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