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Claude Pinon dans la Gazette d’Or : Rassembler toute la gauche !

Le communiste Claude Pinon, coordinateur départemental d’un Mouvement unitaire progressiste (MUP) qui milite pour la désignation d’un candidat unique pour la gauche lors de la présidentielle de 2012, s’inquiète de l’absence de leader. Et également de la popularité de Marine Le Pen, qui lui fait envisager un nouveau 21 avril.

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LA GAZETTE : Robert Hue, le président du MUP, a refusé d’exclure une candidature à l’élection présidentielle de 2012. Est-ce vraiment envisageable ?
CLAUDE PINON : Un journaliste lui a posé la question, et il a répondu que c’était une hypothèse… Je ne sais pas s’il ira. Peut-être se décidera-t-il, s’il estime cela nécessaire, et si surtout ce que nous souhaitons au MUP n’est pas appliqué.

Le MUP espère donc qu’un consensus se crée autour d’une candidature commune de la gauche… On vous souhaite bien du plaisir !
Et pourquoi pas, après tout ? Les Français veulent autre chose, que l’on fasse autrement. Je pense que nous sommes arrivés au bout d’un système. Les partis politiques traditionnels ne sont plus crédibles. D’accord, la gauche a fait de bonnes choses, y compris le Parti communiste. Le problème, c’est que les socialistes n’ont jamais voulu s’attaquer à l’argent. Et si tout va aussi mal en ce moment, c’est à cause de cet argent qui est mal redistribué. Avant, il allait aux travailleurs avant d’aller dans les poches des investisseurs. Désormais, c’est le contraire.

Très bien. Mais expliquez-nous comment vous allez pouvoir mettre autour de la table autant de sensibilités différentes ?
Rassembler la gauche, toute la gauche, ne me semble pas utopique. Il faut oublier toutes les batailles d’ego, et proposer aux Français une politique alternative à celle qui est imposée par Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Chacun pourrait venir avec ses idées, pour qu’on en débatte. Et ensuite, il faut établir un programme autour des dix thèmes les plus importants pour les Français : la fiscalité, l’éducation, la santé, les retraites, le temps de travail, la sécurité, l’immigration…

La sécurité et l’immigration ? Pourtant, à gauche, ce sont des questions qui ont longtemps été ignorées ou considérées comme secondaires…
Pourtant, elles existent, et nous ne pouvons plus les ignorer ! Mais il faut les traiter avec nos valeurs.

Vous êtes absolument certain que toute la gauche accepterait de se réunir ? Excusez-nous, mais on a du mal à imaginer Dominique Strauss-Kahn débattre avec Olivier Besancenot ou Jean-Luc Mélenchon…
Viendront seulement ceux qui le désirent vraiment. Ceux qui veulent mettre les mains dans le cambouis. Évidemment, pour ceux qui ne veulent pas sortir de l’incantation, c’est autre chose…

Et dans ce bouillon de culture, comment choisit-on le candidat ?
Si on se met d’accord sur une politique, un vrai programme, on choisira le mieux placé…

Ce sera forcément un socialiste… Qui, parmi les nombreux candidats déclarés ou à venir, vous semble le ou la plus à même de battre Nicolas Sarkozy ?
Moi, je ne suis pas socialiste. Ce n’est pas à moi de me prononcer. Et je ne voterai pas aux primaires socialistes. Le problème, c’est qu’on construit des personnalités uniquement en vue d’une seule élection, la présidentielle…

Vous avez beau retourner le problème dans tous les sens, seul un socialiste pourrait battre le chef de l’État. Mais en vous écoutant, on a l’impression que vous ne croyez plus trop au PS…
Je ne dis pas cela… Je n’ai pas tiré un trait sur le PS. Mais j’ai du mal à comprendre la stratégie. Leur programme ? J’attends de voir. Ils ont des femmes et des hommes d’expérience, c’est vrai, mais à les écouter, ils sont encore dans les querelles d’ego, et ne sont pas d’accord sur trop de choses. Mais pour moi, une chose est absolument certaine : si la gauche perd l’élection présidentielle de 2012, le PS va imploser ! Et le risque existe. Parce que le PS n’est selon moi pas assez ancré à gauche.

Et s’il gagne ?
Je crains qu’il ne propose grosso modo la même politique que l’actuel gouvernement. Le principal problème du PS, c’est qu’il n’ose pas s’attaquer à l’argent, au capital. Je ne dis pas qu’il soit nécessaire de tout raser, mais il faut proposer un système où l’argent n’est pas roi. Si jamais le PS gagne et qu’il déçoit ses électeurs, cela aura pour conséquence de favoriser un peu plus les extrémismes !

À gauche, et même bien à gauche, Jean-Luc Mélenchon est un peu le caillou dans la chaussure…
Le Front de gauche est un véritable marchepied pour lui ! Il est brillant, c’est un excellent orateur, mais il en fait beaucoup trop. C’est un radical populiste. Mais je n’irais tout de même pas jusqu’à le comparer à Le Pen.

Parlons-en, de Le Pen. Et de Marine, plus précisément. Au rythme où vont les choses, elle pourrait faire au moins aussi bien que son père en 2002…
Moi, je n’ai jamais considéré que les électeurs du Front national étaient tous des racistes et des fachos. La plupart sont en difficulté, souvent dans des quartiers populaires ou dans des zones économiquement dévastées. Mais pas seulement. Et les Le Pen ont fait leur terreau sur le désarroi. Ils ont su profiter du recul de la gauche dans ces endroits où elle était longtemps majoritaire. Et comme la nature a horreur du vide…

La gauche ne risque-t-elle pas de sombrer dans l’anti-sarkozysme primaire lors de la campagne présidentielle ?
C’est un risque. Et cette stratégie ne mènera à rien. Il faudra bien sûr faire le bilan de Sarkozy et en tirer les conclusions qui s’imposent. J’espère vraiment qu’il ne sera pas réélu. Cet homme n’a pas la stature d’un chef d’État. Ni dans l’action, ni dans l’attitude. C’est juste un bateleur, capable de vendre de la vaisselle au poids. Chirac, au moins, avait par exemple une politique internationale cohérente. Sarkozy ne restera, je le souhaite, qu’une parenthèse. Mais il est loin d’être battu, même si la droite semble aussi fortement divisée. Quand on pense que cet homme concentre autant de pouvoirs…

Ce n’est pas le premier…
Oui. Et c’est pour cela que le MUP est favorable à l’élection du président de la République au suffrage universel indirect. Par les députés, les sénateurs, les maires, les conseillers généraux et régionaux. Cela éviterait la personnalisation à outrance. Le chef de l’État arbitrerait certains litiges, occuperait le devant de la scène au niveau international, mais laisserait le gouvernement et le Parlement gouverner. Bien sûr, cela passe par un changement des institutions, et une VIe République me semble inévitable. Une nouvelle relation entre les citoyens et la politique est nécessaire !

Un article paru dans la Gazette d’Or du 23 février 2011.

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