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Les maux de la crise : la rigueur est-elle nécessaire pour conjurer la faillite ?

couthures Désormais, l’entropie négative du système boursier a gagné l’économie réelle. Le taux de chômage des jeunes et des séniors s’étend en tâche d’huile, avec une part croissante de la population sous le seuil de pauvreté (8 millions en 2009 d’après l’INSEE), tandis que la solidarité et les droits sociaux régressent. Mais on tente de nous rassurer : la hausse des profits des entreprises du CAC 40 augmente d’environ 10 % au premier semestre, la guerre coloniale en Libye se terminerait par la conclusion d’accords exclusifs pour l’exploitation d’hydrocarbures, et une heureuse naissance au sommet de l’État devrait permettre de  prolonger l’anesthésie du « bon peuple », résigné et ballotté dans les contraintes du quotidien.

Dans ce contexte délétère, le succès de la gauche à l’élection présidentielle repose sur sa capacité à promouvoir le retour à la démocratie (équilibre des pouvoirs, fin du cumul des mandats, indépendance de la justice, intégration des minorités, négociations en faveur de règles sociales européennes…) mais aussi une alternative économique crédible par ses priorités (politique industrielle dans le cadre des régions, développement massif de la recherche, soutien à l’enseignement supérieur) et son chiffrage.

Pour autant, cette victoire n’est pas acquise en raison de la dualité des options. De façon grossière,  l’application d’un modèle productiviste privilégierait les exportations pour redresser les comptes publics tandis qu’un développement soutenable serait plus autocentré (sobriété de la consommation individuelle, respect de l’environnement, abandon graduel du nucléaire). Soulignons que ces options pourraient être panachées. Reste à convaincre l’électorat que la seconde créerait effectivement des bases sociales solidaires et justes. Mais dans tous les cas de figure, il s’agit de démontrer notre capacité à créer des emplois liés à une augmentation de l’activité et au développement de l’investissement productif par les entreprises. Nous entendons des emplois véritables, comportant des perspectives d’améliorations salariales et de formation continue, garantissant une protection sociale et un droit à la retraite à 60 ans. Si la dégradation de notre situation devait se poursuivre, il paraît probable que la victoire de la gauche serait rapidement écornée et devrait faire face à des conflits sociaux majeurs si nous ne préparons pas de réponses politiques collectives à ces deux questions :

1) Tenant compte de la dette publique de notre pays (88 % du PIB), faut-il craindre la menace d’un déclassement financier de notre État par les agences de notation en adoptant des mesures de rigueur ? La caricature du capitaliste fumant un cigare et portant gibus est trop courte. La réponse est oui, en cédant à l’austérité tout en sacrifiant notre jeunesse et en accélérant notre transformation en république bananière. Or seule la relance de la croissance permettrait de supporter la charge annuelle de la dette (50 milliards). En effet, cela fait longtemps déjà que les « bijoux de famille » ont été bradés, y compris du temps de la gauche plurielle, dont le droit d’inventaire des contributions au libéralisme relève désormais de la paléontologie. La constitution de holdings diversifiés et mondialisés permet désormais d’un clic sur un clavier de troquer ou supprimer des activités rentables, de délocaliser sans égard pour les salariés qui ne constituent qu’une variable d’ajustement.

En premier lieu, pour impulser une dynamique en début de mandat, la première mesure économique de la gauche devrait être de supprimer tout le panel des exonérations fiscales et sociales des entreprises qui assèchent la Sécurité sociale et les caisses de retraites, tandis que les collectivités territoriales supportent l’essentiel des investissements permettant le développement d’activités pour soutenir ou créer des emplois. La refonte de notre fiscalité (taxation des hauts revenus, suppression des niches) s’impose aussi secondairement, comme une obligation morale de justice sociale. Car les économistes nous précisent que cette contribution seule serait insuffisante par rapport à la stagnation globale de l’activité pour compenser les intérêts de la dette.  Il est donc bien entendu aussi nécessaire de rééquilibrer la taxation des revenus du capital au niveau de ceux du travail (40 %).

Toutes les enquêtes d’opinion le vérifient, une sécurité sociale, un service public de la santé et une éducation nationale constituent les piliers de notre société auxquels nous sommes tous fermement attachés. Brader les acquis du Conseil national de la Résistance reviendrait à admettre une politique de la terre brûlée, pour satisfaire à court terme l’avidité du « marché » et des pays émergents (BRIC) qui achètent de la dette. Il conviendrait de déclarer à nouveau en 2012  la Sécurité sociale, la Santé et l’Éducation nationale comme étant services d’intérêt général inaliénables. Ceci suppose aussi, non l’adhésion à une pseudo « règle d’or », mais un budget sincère, pluriannuel, sous le strict contrôle du parlement. Il ne s’agit rien moins désormais que de sauver l’essentiel : éviter les déserts médicaux ou les fermetures de classe, supprimer les inégalités d’accès à la formation initiale, et retrouver des services publics de proximité.

2) La contagion de la crise grecque laisse toujours planer le risque d’un krach des marchés boursiers puis de faillites bancaires en cascade. La « confiance » des opérateurs serait-elle incompatible avec la nôtre ?

Chacun garde en mémoire la crise déclenchée par Lehman Brothers en 2008 aux USA. En 2012, le FMI ou la BCE ne manquent pas d’air en estimant que les banques européennes sont sous-capitalisées. Rappelons que nous n’avons pas cautionné le traité de Lisbonne, notamment en raison de l’impuissance européenne à promouvoir une politique sociale et fiscale commune, compatible avec la perspective d’une fédération. Des mesures drastiques doivent être prises pour endiguer la spéculation et éviter l’éclatement de la zone euro. Dans ce contexte, les « eurobonds » pourraient enfin financer des outils de développement communs, dans le domaine de la recherche, des moyens de transport, etc.

Ce ne sont pas les populations grecque ou française qui ont souscrit des prêts hypothécaires pourris ou bien inclus des produits douteux dans le bilan de leur banque. On voit bien se profiler la tentation d’une main basse sur les livrets d’épargne des petits épargnants et d’une saignée sur les assurances-vie pour éviter la banqueroute dues aux placements des traders sur le marché boursier. La nationalisation d’une banque n’est pas dans l’air du temps ? Tant pis. Innovons par la création d’une structure mutualiste permettant de garantir des emprunts à taux fixe pour les collectivités territoriales, dont beaucoup sont en danger (76 milliards d’€ d’emprunts toxiques contractés chez Dexia et autres…). Il s’agirait  de répondre enfin aux besoins vitaux de la construction de logements sociaux, de réaliser les équipements collectifs indispensables au développement urbain, d’impulser le ferroutage…

Garantissons enfin par la loi l’économie sociale qui permettrait aux particuliers de placer leur argent de façon solidaire par une contribution directe au développement de micro-activités, socialement utiles. Revisitons les précurseurs du socialisme « utopique » avec des familistères modernes, des coopératives ouvrières, ou des jardins partagés qui partout privilégient l’échange et la démocratie participative dans l’économie.

Cette dette, leur dette, n’est pas la nôtre !

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