L’hôpital public peut-il survivre au libéralisme ?

Le sens commun voudrait que chacun.e reconnaisse que l’hôpital public, au même titre que l‘école, constitue un bien commun de notre société.

La crise sanitaire a aujourd’hui bon dos pour encaisser la responsabilité des difficultés majeures dans l’organisation des soins de nos hôpitaux. Des difficultés que nous voyons plutôt, à l’instar des syndicats et du collectif inter hôpitaux, comme la conséquence de dotations insuffisantes en personnels, d’équipements et de nombre de lits en déclin, de lourdeurs administratives sans fin !

Et que dire du manque total de réflexion à long terme de l’Education nationale où la politique de Monsieur Blanquer conduit à de lourdes carences dans la gestion prévisionnelle des formations et constitue un frein important à l’orientation des bacheliers vers un cursus de formation en soins infirmiers (IFSI) ?

Au ministère de l’Enseignement supérieur, celui de Madame Vidal, ce n’est pas mieux avec le retour à une sélection accrue pour les études de médecine et un « numerus apertus » sous couvert d’une diversification des profils d’accès, déterminé en accord avec l’Agence régionale de santé (ARS) en fonction des capacités d’accueil des établissements médicaux pour les stages.
Allez donc vérifier si en Seine-Saint-Denis par exemple les lycéens peuvent prétendre à une classe préparatoire pour suivre un cursus PASS alors que la diversification des voies d’accès aux études de médecine renforce la sélection !

Les hôpitaux doivent aujourd’hui faire face à une charge écrasante de travail qui ne permet sûrement pas d’encadrer et suivre avec empathie les étudiants.

La question de la rémunération des personnels est importante mais ne peut pas être séparée des conditions de travail, de la charge que représente 12h /jour pendant 6 jours, de l’impossibilité fréquente de pouvoir récupérer des congés. Le chantage des heures majorées, des primes au « mérite », des non remplacements de collègues en arrêt maladie accentuent la détresse des personnels.

Pour éviter que l’hôpital ne devienne un cadavre formolé, il est urgent que l’hôpital  public fidélise ses professionnels et réduise drastiquement le recours à l’intérim dont le coût est énorme ! Il faut un plan pour dé- précariser et, en particulier, permettre aux médecins étrangers sous payés d’être intégrés dans la fonction publique hospitalière.

Des efforts ont certes été faits ces dernières années pour les personnels – crèches et garde d’enfant à domicile, offre de logements…- mais la répartition ne couvre aujourd’hui nullement les besoins immenses.
Si la cour des miracles vous inspire…Pour tous les précaires de ce monde, les vieillards à l’abandon, les usagers de drogue, les traumatisés de toute sorte, il faut sans hésiter vous rendre aux Urgences qui mêlent toutes les détresses humaines dans une attente interminable !

Dans les départements les plus pauvres, les Urgences sont ainsi devenues l’accès principal aux soins, « sans filtre » comme dirait M. Macron. 

Faut-il vider les hôpitaux de leurs malades et travailler en « flux tendu » pour plus d’économies ? La formule des hospitalisations à domicile s’impose de plus en plus, à la mode scandinave. Pourquoi pas ? Mais à condition que les prestations d’accompagnement suivent pour les personnes isolées (transport, ménage…etc.) en lien avec les soins. On ne peut aujourd’hui hélas pas de façon raisonnable souscrire à cette hypothèse car il est sur-réaliste de constater qu’un hôpital revenant 50 000 patients par an ne dispose que d’une assistante sociale pour traiter tous les cas.

Notre projet n’est pas de diminuer le fameux « taux d’occupation » comptable en freinant l’accès aux soins mais au contraire de traiter avec humanité tous les patients sans distinction ! 

Jean Couthures, membre du bureau national du Mouvement des Progressistes

Auteur : Jean Couthures

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