Loi sécurité globale : un Parlement fantoche, un gouvernement qui s’essuie les pieds dessus.

Intervention de Sébastien NADOT, député de Haute-Garonne, prononcée lundi 16 novembre 2020 à la tribune de l’Assemblée nationale

Ce projet de loi pose problème car il participe d’une dynamique sécuritaire globale préoccupante qui imprègne l’ensemble des lois portées par le Gouvernement.
Museler le journalisme d’investigation et faire régner le nouvel ordre sécuritaire de la surveillance par drones, interdire l’accès aux librairies mais aussi interdire de filmer l’action des forces de l’ordre.
Comment s’appelle ce nouveau monde ?

Si certaines privations de liberté peuvent s’entendre par ces temps de pandémie, comment ne pas s’inquiéter de cette dynamique sécuritaire qui se retrouve même dans la Loi de programmation de la Recherche, qui intègre la pénalisation des manifestations au sein des établissements universitaires. 3 ans d’emprisonnement et 45000 euros d’amende pour de l’agitation estudiantine !
Il faut détester notre histoire ou la méconnaitre pour lui faire pareille insulte.

Partout, les autorités civiles viennent ainsi restreindre les libertés de circuler, de se réunir, de manifester, de faire du commerce, d’expression artistique, de la presse, de l’exercice des cultes, et même d’aller ramasser des champignons.

ET POURTANT, dans le même temps, les principaux facteurs d’insécurité ne font l’objet d’aucun traitement particulier : pauvreté, précarité économique croissante, creusement des inégalités, désastres écologiques, appauvrissement de services essentiels pour nombre d’entre nous – service de santé, d’éducation ou de recherche notamment.

Il est vrai que la tentation est grande. Quoi de plus simple pour un haut fonctionnaire parisien – ou un ministre – d’imposer des interdits de toutes sortes – fermons les bars, les restaurants, les petits commerces, les librairies, les universités, les lieux d’expression et de prière – plutôt que d’assumer ses responsabilités par ces temps difficiles et ne restreindre les libertés que la où c’est absolument indispensable.

Nous mettons actuellement entre parenthèse des droits fondamentaux sans débat, sans rechercher le consentement libre et éclairé des citoyens !
Notre parlement est un parlement fantoche !
Et le Gouvernement s’essuie les pieds dessus !

Cette proposition de loi sur la Sécurité Globale amenée par deux députés aux ordres plutôt qu’un projet de loi assumé du Gouvernement : ça évite au Gouvernement d’être contraint par l’étude d’impact et l’avis du Conseil d’Etat.
Catastrophique également, ce recours aux ordonnances pour des sujets aussi sensibles que les activités privées de sécurité.

Nous glissons doucement mais surement vers une autre forme de régime politique.

Sans jamais répondre à l’insécurité des plus démunis, l’État s’est mis à son propre service et au service du prince, première étape de l’Etat sécuritaire.

Ma liberté est bien triste cette semaine.
Et pour combien de temps encore ?

Auteur : Sébastien Nadot

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