Petite enfance : c’est l’Etat qui est démissionnaire, pas les parents

SebastienChinsky_01_2014_Copier La secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano, vient de proposer un projet de décret modifiant les règles de fonctionnement des crèches. Il s’agit de « permettre » à ces établissements d’accueillir plus de jeunes (jusqu’à 120%) avec un personnel qui, potentiellement, pourra être moins formé. Mais après tout, a-t-on besoin d’un bac +5 pour changer des couches ?

La crèche peut être conçue comme un lieu d’accueil prodiguant des soins simples aux enfants : nourriture, hygiène et discipline. Assurer ses tâches rudimentaires ne nécessite ni encadrement particulièrement qualifié ni un encadrement important. La crèche peut aussi être conçue comme LE premier lieu de socialisation des enfants, comme un lieu d’éveil, de jeux. Elle peut être conçue comme un lieu éducatif, comme un lieu d’écoute de l’enfant, de ses besoins psychologiques et matériels.

Dans ses premières années de vie, l’enfant construit les bases de son rapport au monde. Il interagit avec les autres enfants avec lesquels il joue, mais aussi avec le monde adulte. Il pose la question de la confiance qu’il peut accorder à l’adulte. Cette confiance est en lien avec la sécurité que lui propose l’adulte référent.

Les interrogations que posent l’enfant sont « Suis-je protégé si j’ai un problème avec un autre enfant ? », « Suis-je digne d’attention des adultes dans le groupe ? ».

La crèche n’est pas un simple lieu de passage

Ceci pose la question du comportement qui permet d’obtenir de l’attention. L’enfant peut obtenir cette attention par des pleurs, des rires, des jeux, dans l’échange avec l’adultes, dans la réalisation d’activités… Si l’enfant ne peut obtenir de l’attention que lorsque il pleure ou fait des bêtises, ses deux comportement seront renforcés. Si l’enfant perçoit que l’adulte n’a pas le temps de se consacrer à lui, il risque de considérer qu’il ne compte pas.

La crèche n’est pas un simple lieu de passage. C’est le lieu où nos enfants passent le plus de temps dans la période allant jusqu’à leurs 3 ans. Ils restent à la crèche dans des plages horaires importantes, cinq jours par semaines d’environ 8 heures à 18 heures. Soit dix heures par jour. Les parents les récupèrent en réalité pour quelques instants de jeux précédent le rituel du soir : bain, repas et coucher.

Quand on parle d’éducation des enfants, il est essentiel de garder en tête que finalement, nos enfants passent la majorité de leurs temps en-dehors de la cellule familiale et ce dès le plus jeune age.

Le système éducatif ne se gère pas comme une entreprise

Les structures qui les accueillent ont un coût. On peut estimer que ces structures coûtent cher et, comme madame Morano, chercher des solutions pour limiter leur coût de fonctionnement : moins de personnel pour plus d’enfants, moins de personnel qualifié pour moins de salaires à payer.

Pourtant, on peut estimer qu’au vu des événements essentiels pour le développement de l’enfant qui se déroulent en leur sein, ces structures sont finalement sous-dotées.

Rappelons nous que notre Président est celui qui avait commandé et défendu le rapport Bénisti, qui prétendait que les comportements déviants apparaissaient dès la prime enfance et devait être repérés et traités au plus tôt. L’incohérence entre la défense de ce rapport et le projet de diminuer les moyens humains dans les crèches et dans les écoles maternelles est frappante.

L’incohérence est d’autant plus importante quand le même gouvernement menace les parents « démissionnaires » de sanctions. Nous ne pouvons accepter que dans le même temps, l’Etat diminue la qualité de la prise en charge de nos enfants par des structures qui dépendent de lui, tout en taxant les parents qui rencontrent des difficultés avec leur enfant d’incompétents, de démissionnaires.

Pour que l’Etat soit légitime à porter un jugement sur les parents, il est nécessaire qu’il ne puisse être taxé de mener une politique démissionnaire vis-à-vis de l’enfance et de la petite enfance. Or, ce n’est pas le cas. La diminution des moyens et des personnels dans l’ensemble des lieux éducatifs dont l’Etat à la responsabilité est une constante.

On ne peut gérer l’ensemble du système éducatif d’un pays comme l’on gère une entreprise. La rentabilité d’un milieu éducatif ne peut se compter au moyen des seuls ratios d’encadrement. La qualité des intervenants et leur nombre est de première importance dans les crèches comme dans tous les lieux d’enseignement.

La crèche s’impose autant à moi qu’à ma fille

En tant que père d’une petite fille de 2 ans, je suis tributaire de ce que la crèche peut proposer à ma fille. C’est un lieu qui s’impose à moi autant qu’à elle. Si je la laisse en confiance le matin, c’est parce que je peux croire qu’elle sera bien accueillie, que des professionnels formés, disponibles et bienveillants seront à ses côtés.

Penser que ma fille pourrait se retrouver dans un lieu où les enfants sont trop nombreux (par apport aux encadrants et aux locaux), où le personnel n’est pas formé (où peu forme), et où elle risque de se voir refuser les soins et l’attention dont elle a besoin, m’est insupportable. Pourtant, c’est le projet de madame Morano.

Bien sûr, mes enfants seront confrontés à l’école au problème de la surpopulation des classes, mais ils l’affronteront d’autant mieux que leur première expérience du collectif aura été bonne. La crèche est l’école de l’école, il est temps de revaloriser ce premier lieu d’apprentissage .

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