Caucase – Le virus de la guerre !

Les affrontements de ces derniers jours entre l’Arménie et l’Azerbaidjan étaient malheureusement prévisibles. Depuis 25 ans et la fin de l’Union Soviétique, ces deux ex-républiques socialistes du Caucase s’affrontent régulièrement.

Pour bien comprendre la situation, un bref rappel historique semble nécessaire. Le principal point de friction entre les deux pays reste la région du Haut-Karabakh. Région rattachée à la République Socialiste Soviétique d’Azerbaïdjan sous Staline, mais majoritairement peuplée d’Arméniens.

À la fin des années 1980, l’Arménie apporte son soutien à la déclaration d’indépendance du Haut-Karabakh. Cette situation déclenche la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Guerre qui ne prendra fin qu’en 1994 grâce à un accord de cessez-le-feu en faveur de l’Arménie.

Bilan de ce terrible conflit dans le Caucase : 30 000 morts et plus d’un million de réfugiés (essentiellement Azeris). Un territoire Azerbaïdjanais amputé de 15 à 20% de sa superficie d’avant guerre. Depuis ces événements, les tensions succèdent aux tensions (avec comme point d’orgue la guerre des “4 jours” en 2016 avec un renversement du rapport de forces par rapport à 1994).

Depuis le début des nouveaux affrontements, au moins 16 personnes ont été tuées, dont 11 militaires (parmi lesquels un général), un civil Azerbaïdjanais et 4 soldats arméniens.

Cette escalade meurtrière entre les deux pays a ceci de particulier que les affrontements se déroulent dans les régions du Nord, bien loin du Haut-Karabakh. Les observateurs spécialistes de la région craignent que la guerre reprenne ses droits dans une région instable et en proie à des influences diverses (Russie, Turquie notamment).

Ce “dilemme de sécurité” renforce les mécanismes de défiances entre les deux belligérants. Les actions des uns nourrissent la détermination des autres. La course aux armements et la montée des discours nationalistes ne renforcent pas les partisans de la voie diplomatique.

Pour autant, la guerre ne doit pas être considérée comme une fatalité. La France, via le groupe de Minsk (présidé conjointement par la Russie, les États Unis et la France), pourrait jouer un rôle moteur en profitant de la méfiance des acteurs envers le grand frère Russe, de la faiblesse relative de l’oncle Sam et du soutien inconditionnel qu’apporte la Turquie à Bakou.

Une fenêtre existe pour préserver la paix. Espérons qu’une initiative diplomatique de Paris permettra d’œuvrer en ce sens.

Martial LE BOULH, délégué national du MdP – Relations internationales

Auteur : Martial Le Boulh

2 commentaires

  1. Comment réussir à organiser une politique extérieure et une politique de défense commune en Europe ?
    Comment protéger nos intérêts (pas forcement convergents) ?
    Comment être pris au sérieux pas les néo-régimes autoritaires et brutaux et se montrer à la hauteur de notre force économique et militaire ?

    Devrait-on mettre en place une doctrine commune ? Une « charte d’engagements » européenne de défense et d’intervention ? Mais comment agir en commun sans se lier les mains ?

    C’est un problème à régler urgemment pour ne pas disparaître de la scène internationale mais ce problème est peut-être malheureusement inextricable.

    L’intelligence progressiste en mouvement.

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  2. Les principes d affrontement par proxy de l époque de la guerre froide ont peu changés: on tente de se construire une image de puissance. Aujourd hui ce ne sont plus les 2 hyperpuissance, mais des puissances régionale, et dans ce cas Turquie contre Russie.
    Il y a une multiplication des zones des conflits dans le monde, multipliant les risques de dérives de ces conflits, face auxquel la gouvernance internationale de l ONU est quasi impuissante. Une rénovation de l ONU est à la fois indispensable et impossible

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