Exclu par En Marche pour avoir voté contre le budget, le député LREM de Haute-Garonne Sébastien Nadot réagit

Le député LREM Sébastien Nadot. /DDM, Michel Viala

Un article de La Dépêche – 20 décembre 2018

Le député de la 10e circonscription de Haute-Garonne, Sébastien Nadot (la République en marche) a été exclu, ce jeudi soir, du groupe parlementaire LREM après avoir voté contre le budget 2019 de sa majorité à l’Assemblée nationale. Il était le seul député de la majorité à avoir sanctionné le budget du gouvernement. C’est la première fois qu’un député de la majorité est exclu du groupe parlementaire. 

Sébastien Nadot a indiqué ce jeudi soir à La Dépêche du Midi qu’il s’attendait « à 95% » à être exclu du groupe après sa décision de ne pas voter le budget. Il va désormais siéger avec les non-inscrits. Par conséquence, le député de Haute-Garonne annonce à La Dépêche qu’il quitte LREM : « Je ne suis plus adhérent à En marche. Aujourd’hui je vois tout sauf un développement intéressant du mouvement ». M. Nadot ajoute que LREM « est une coquille vide idéologique » et que les parlementaires sont marginalisés par « un exécutif tout puissant ».

« Quand j’ai adhéré à En marche, j’ai été séduit par l’idée d’une nouvelle méthode, une forme d’horizontalité qui consiste à discuter sur le terrain avant de prendre une décision. Je n’ai rien vu de tel ».

Le président du groupe parlementaire En Marche Gilles le Gendre a reçu Sébastien Nadot ce jeudi après-midi pour écouter ses arguments. Mais la sanction n’a pas tardé à tomber : « Voter contre le budget, c’est s’exclure de la majorité », estime Gilles le Gendre.

Sébastien Nadot explique pourquoi il a voté contre le budget 2019 : « Trois priorités avaient été fixées par le gouvernement pour le budget 2019 : libérer l’économie et le travail, protéger les Français, investir pour l’avenir en préparant les défis de demain et en transformant l’action publique. Ce projet de loi de finances ne me parait pas en mesure d’atteindre les objectifs fixés, particulièrement en ce qui concerne le quotidien d’une majorité de Français et la nécessaire transition écologique (…) Aussi, j’ai décidé de voter contre ce budget ».

« Dirigisme gouvernemental »

Le député du Lauragais se montre même très critique sur l’action parlementaire de sa majorité : « L’action parlementaire à l’Assemblée nationale et au Sénat a très peu fait évoluer le projet initial du gouvernement. La représentation nationale n’a pas été suffisamment entendue pour que le budget 2019 intègre les réalités de terrain et les aspirations d’une majorité de Français.(…) Le dirigisme gouvernemental n’a pas non plus épargné les collectivités territoriales et n’a pas su intégrer les aspirations et inquiétudes des premiers acteurs de la démocratie locale : maires et conseils municipaux. La verticalité du pouvoir est sans doute nécessaire. L’absence de concertation dans les phases de prise de décision n’est pas satisfaisante ».

« Calcul à court terme »

Selon lui, « réduire la dépense publique en réduisant les services à « forte relation humaine » ressort d’un calcul à court terme, ni suffisamment expliqué, ni émanant d’une volonté populaire. Le périmètre de ce qui ressort de l’action publique doit être discuté, après quoi seulement réorganisations et réductions budgétaires peuvent s’ensuivre. Le monde associatif, maillon essentiel de notre organisation sociale, est notamment très inquiet ».

Il estime enfin que « Plan santé 2022, plan pauvreté, emploi… ne sont pas suffisamment pris en compte. Libérer le travail et l’économie ne peut s’affranchir de nouveaux filets de protection des individus ».

Pour autant Sébastien Nadot ne regrette rien et demeure un supporter d’Emmanuel Macron : « Je reste persuadé que le Président de la république est encore ce que nous avons de mieux en magasin pour opérer les nécessaires transformations ».

Cet ancien professeur de sport, qui avait rejoint LREM après avoir adhéré au parti de Robert Hue, le Mouvement des progressistes (MDP), n’en est pas à son premier coup d’éclat. Il s’était notamment opposé à la loi Asile et immigration mais n’avait fait que s’abstenir lors du vote dans l’Hémicycle.